Les préparatifs s'intensifient à deux jours du sixième sommet Union européenne-Union africaine (UA) des 17 et 18 février à Bruxelles - un enjeu géostratégique majeur pour l'UE, même si la crise ukrainienne menace de l'éclipser.
Les ambassadeurs des Vingt-sept auprès de l'UE (Coreper) se sont réunis deux fois lundi 14 février et sont parvenus dans la soirée à un accord de principe sur le projet de déclaration politique.
« Nous sommes entrés dans une phase intense de négociation et les choses avancent avec méthode », indiquait une source diplomatique lundi soir. Le projet a été transmis à la partie africaine. Dans l'hypothèse où l'Union africaine répondrait le jour même, une nouvelle réunion du Coreper était possible mardi soir.
En tout état de cause, une réunion est prévue mercredi au niveau des ambassadeurs des Vingt-sept. Et il n'est pas exclu que les négociations soient finalisées en marge du sommet lui-même.
Pour les Européens, ce sommet, qui devait initialement se tenir fin 2020, devrait jeter les bases d'un partenariat renouvelé et approfondi entre l'UA et l'UE, bénéficiant d'un engagement politique au plus haut niveau, fondé sur la confiance et une compréhension claire de leurs intérêts mutuels, pour la croissance et la prospérité partagée, la paix et la sécurité.
Il s'accompagnera d'une offre d'investissements tenant compte de défis mondiaux tels que le changement climatique et la crise sanitaire, avec une vision à l'horizon 2030. Ce sont là les grandes lignes du projet de déclaration politique agréé par les Européens, qui sera étayé par des initiatives concrètes de ce partenariat renforcé (EUROPE 12889/6).
La Commission européenne a confirmé aux Vingt-sept un paquet d'investissements de plus de 150 milliards d'euros pour le programme Afrique-Europe jusqu'en 2027 – au titre du 'Global Gateway', afin de financer de grands projets d'infrastructures stratégiques, mais aussi pour la santé, la jeunesse et l'éducation.
Cette offre, annoncée par Ursula von der Leyen à Dakar, figure dans le projet de déclaration (EUROPE 12888/1). « Un projet de connectivité entre les deux continents par câbles sous-marins et par satellites », par exemple, a été évoqué par la vice-présidente de la Commission, Margrethe Vestager.
Du côté de l'UA, la paix, la sécurité et la lutte contre le terrorisme, les infrastructures en Afrique, l'agriculture, la relance économique verte, la réallocation de droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI par les pays riches, la transition énergétique et la transformation numérique du continent africain sont les grandes priorités, selon le président en exercice de l'UA, Macky Sall.
La levée temporaire des droits de propriété intellectuelle sur les brevets pour les vaccins est également une demande africaine importante (EUROPE 12889/6), mais l'UE continue de préconiser des licences obligatoires, comme celle dont bénéficient le Rwanda et l'Afrique du Sud, et des transferts de technologie.
Pour les DTS, dont le G20 vise une réallocation volontaire de 100 milliards en faveur des pays en développement (EUROPE 12824/13), les Africains souhaitent qu'une part significative leur revienne, comme l'ont préconisé le président du Conseil européen, Charles Michel, et le président français, Emmanuel Macron (EUROPE 12823/9, 12721/2).
La directrice du FMI, Kristalina Georgieva, et le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, sont invités au sommet. (Aminata Niang)