Les ministres de la Défense des pays membres de l’OTAN se réunissent ces mercredi 16 et jeudi 17 février à Bruxelles pour discuter, notamment, du risque d’une agression russe envers l’Ukraine, qualifié mardi 15 février par le secrétaire général, Jens Stoltenberg, de « plus grave crise de sécurité que nous ayons connue en Europe depuis des décennies ».
Si les États-Unis ont annoncé qu’une attaque russe était imminente (EUROPE 12890/2), des rapports faisaient état, mardi, du retour de troupes russes dans leurs garnisons.
Le secrétaire général de l’OTAN s’est montré prudent. « Des signes en provenance de Moscou indiquent que la diplomatie doit se poursuivre. Cela permet de faire preuve d'un optimisme prudent », a-t-il expliqué aux médias, ajoutant qu’il n’avait vu aucun signe de désescalade sur le terrain. « Jusqu’ici, nous n’avons pas vu de présence militaire réduite sur le terrain », a-t-il estimé, expliquant qu'il fallait un retrait « significatif et durable » des forces ruses, des troupes, mais surtout de l'équipement lourd.
Selon M. Stoltenberg, la Russie pourrait conduire une invasion de l’Ukraine avec peu ou sans préavis (without any warning time at all). « Tout est désormais en place pour une nouvelle attaque, mais la Russie a encore le temps de reculer, de cesser de se préparer à la guerre et de commencer à travailler à une solution pacifique », a-t-il prévenu.
Le secrétaire général de l’OTAN a espéré une réponse rapide de la Russie aux propositions que l’OTAN lui a envoyées le 26 janvier (EUROPE 12878/1). « Nous sommes prêts à discuter des relations OTAN-Russie, de la sécurité européenne, y compris de la situation en Ukraine et dans les environs ainsi que de la réduction des risques, de la transparence et de la maîtrise des armements », a-t-il rappelé.
Interrogé sur une possible reconnaissance par la Russie des ‘Républiques populaires’ de Donetsk et Lougansk, le secrétaire général a prévenu que cela serait une nouvelle violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et des accords de Normandie. Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a condamné de son côté le vote de la Douma russe demandant au président Vladimir Poutine de reconnaître ces Républiques comme des entités indépendantes.
La ministérielle de l'OTAN se penchera également sur la nécessité d'accroître encore le dispositif défensif de l’Alliance. Dans ce cadre, M. Stoltenberg a salué l’offre de la France de diriger un nouveau groupement tactique de l'OTAN en Roumanie.
Les ministres discuteront en outre, en présence de leurs homologues géorgien et ukrainien, de la détérioration de la situation sécuritaire dans la région de la mer Noire. La Russie mène actuellement des exercices militaires dans la zone.
De même, les Alliés s’entretiendront avec les ministres de la Finlande, de la Suède, et le Haut Représentant de l’UE pour discuter notamment du renforcement de la coopération entre l’UE et l’OTAN. Une troisième déclaration UE/OTAN doit être adoptée dans les prochains mois.
Les ministres examineront le partage du fardeau dans l'ensemble de l'Alliance. Selon le secrétaire général, ces sept dernières années, les Européens et les Canadiens ont augmenté leurs dépenses de défense « avec 270 milliards supplémentaires depuis 2014 ».
Enfin, les Alliés discuteront du prochain concept stratégique de l'OTAN, qui sera adopté au sommet de Madrid en juin. Ce plan pour la prochaine décennie doit tenir compte des nouvelles réalités mondiales. (Camille-Cerise Gessant)