Le président colombien, Iván Duque Márquez, a dépeint une Colombie qui axe son développement sur la transition climatique, est capable d'accueillir 1,8 million de réfugiés vénézuéliens et défend le droit des nations à choisir ses alliances en toute souveraineté, mardi 15 février au siège du Parlement européen à Strasbourg.
Bien qu'elle émette seulement 0,6% des émissions de gaz à effet de serre, la Colombie a l'ambition de parvenir à « la neutralité climatique d'ici à 2050 » et, pour ce faire, réduira ses émissions de « 51% » d'ici à 2030 (par rapport à 1990, NDLR), a déclaré M. Duque. Dès 2022, 30% du territoire colombien sera déclaré protégé.
Lundi, l'UE et la Colombie ont décidé de renforcer leur collaboration en matière de lutte contre le changement climatique et pour le renforcement de la biodiversité (EUROPE 12890/15).
Le président colombien sortant, à l'approche des élections législatives et présidentielles que l'UE observera (EUROPE 12885/17), a loué l'action du gouvernement pendant la pandémie de Covid-19, la campagne nationale de vaccination ayant permis de vacciner totalement plus de 70% de la population adulte.
Il a demandé à l'Union européenne de continuer d'accompagner la Colombie dans son agenda de la paix, six ans après que les FARC ont déposé les armes, et pour soutenir la démocratie en Amérique latine face à trois ennemis : « le populisme, la désinformation et la polarisation ». Mais, pour consolider la paix à travers l'éducation, la réforme agraire et les investissements dans les zones les plus touchées par le conflit, il faut réduire « l'abîme » qui sépare les promesses de dons et les versements des fonds promis par les bailleurs de fonds, a souligné M. Duque.
Plus tard, devant la presse, il n'a pas nié les problèmes liés aux assassinats continus de leaders de mouvements sociaux, considérant le narcotrafic comme le problème numéro un pour son pays. Toutefois, s'il faut certes agir à la racine au niveau de la production, il faut aussi éduquer les consommateurs dans les pays riches, où la demande explose, a-t-il fait remarquer. Pour un hectare de production de coca, il faut détruire trois hectares de jungle tropicale, et pour produire un kilo de cocaïne, il faut près de 100 litres d'essence ensuite déversée dans la forêt, a-t-il indiqué.
Le président colombien a dénoncé la dictature « odieuse » de Nicolás Maduro au Venezuela, qui abrite des groupes criminels colombiens et autorise la présence russe sur le sol vénézuélien. Il a été applaudi lorsqu'il a décrit l'octroi du statut de réfugié aux 1,8 million de Vénézuéliens réfugiés en Colombie et le programme colombien 'Visibles', qui les autorise à travailler et à avoir accès à la santé.
Prenant la défense du multilatéralisme, M. Duque a fait allusion aux tensions géopolitiques en Ukraine. « Toutes les nations doivent être libres de décider si, oui ou non, elles s'unissent à une organisation multilatérale. Un pays tiers ne peut intimider, par la force, une nation pour qu'elle ne puisse exercer sa souveraineté », a-t-il considéré, annonçant que la Colombie accompagnerait, en cas d'agression extérieure de l'Ukraine, les sanctions décidées par la communauté internationale. (Mathieu Bion)