La France et ses partenaires ont annoncé, jeudi 17 février, le retrait des opérations Takuba et Barkhane du Mali. Après plusieurs semaines de concertation, les dirigeants de pays européens, du Canada et d’État africains se sont réunis à Paris, mercredi 16 dans la soirée, pour discuter de l’avenir des opérations et missions au Mali.
« En raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes, le Canada et les États européens opérant aux côtés de l’opération Barkhane et au sein de la Task Force Takuba estiment que les conditions politiques, opérationnelles et juridiques ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel dans la lutte contre le terrorisme au Mali », expliquent-ils dans une déclaration commune. Ce faisant, les partenaires ont « décidé d'entamer le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations ».
Les emprises de Gossi, Menaka et Goha vont être fermées « de manière coordonnée avec les forces maliennes et la mission de l’ONU Minusma » dans un délai de quatre à six mois, a annoncé le président français, Emmanuel Macron, devant les médias. Pendant cette période, la France va maintenir une mission de soutien au profit de la Minusma. Si la France a actuellement 4 600 soldats dans la bande saharo-sahélienne, dont 2 400 au Mali, au terme du retrait malien, 2 500 à 3 000 militaires devraient rester déployés au Sahel.
Les missions EUTM et Minusma vont également être évaluées et vont évoluer, selon le président français.
Depuis Bruxelles, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a annoncé avoir envoyé une mission au Mali afin de vérifier auprès des autorités maliennes sous quelles conditions et garanties l’UE pourrait envisager de maintenir ou non ses missions de formation EUTM Mali et EUCAP Sahel Mali. « La réponse viendra dans les prochains jours », a-t-il précisé.
Redéploiement dans la région
S’ils quittent le Mali, les pays impliqués dans les opérations Takuba et Barkhane ont exprimé leur volonté de rester engagés dans la région, en étroite coordination avec les pays voisins, car la menace terroriste est toujours présente et s’accroît, notamment dans le Golfe de Guinée.
Ainsi, Européens et Canadiens devraient poursuivre leur action conjointe contre le terrorisme dans la région du Sahel, notamment au Niger et dans le golfe de Guinée, où les Européens ont déjà une mission PSDC (EUCAP Sahel Niger) et une présence maritime coordonnée (golfe de Guinée).
Des consultations politiques et militaires ont été engagées dans l’objectif d’arrêter les paramètres de cette action commune d’ici juin 2022. Selon M. Macron, le cœur de l’action ne sera plus au Mali, mais au Niger, dans la région des trois frontières. « On préserve les forces spéciales au Burkina Faso et on va réarticuler autour des forces au Niger le dispositif qui sera africano-européen », a-t-il expliqué.
Le président français a aussi annoncé que son pays continuera de jouer un rôle fédérateur là où la dimension militaire est nécessaire et qu’il gardera le rôle de nation-cadre, mais qu'il y a un consensus pour faire évoluer les modalités d’action en impliquant et en appuyant davantage les pays du golfe de Guinée.
« On réexamine ensemble la manière dont on peut le plus efficacement possible répondre aux menaces émergentes. Nous avons besoin d’une coalition globale contre le terrorisme en Afrique. Toute initiative ne pourra réussir qu’avec les forces armées des pays de la région », a expliqué Nana Akufo-Addo, Président du Ghana, ajoutant que les nations européennes pouvaient apporter de l’assistance à ces forces armées.
Pour le président du Sénégal, Macky Sall, qui assure actuellement la présidence de l'Union africaine, « la lutte contre le terrorisme au Sahel ne saurait être la seule affaire des pays africains ». Selon lui, les Nations Unies doivent assumer leur responsabilité dans cette lutte.
Au-delà de l’aspect militaire, le président français a estimé qu’il fallait davantage travailler avec la population civile, qui ne doit pas être réduite au rôle de « victime » du terrorisme, mais aussi de « premier rempart ».
Voir la déclaration commune : https://aeur.eu/f/dp (Camille-Cerise Gessant avec Aminata Niang)