Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a annoncé, jeudi 13 janvier à Brest, que malgré le refus de la junte de rendre le pouvoir aux civils et la présence du groupe Wagner dans le pays (EUROPE 12795/25), la mission de formation de l’UE au Mali (EUTM Mali) se poursuivrait normalement.
Il a en outre annoncé que l’UE allait prendre des sanctions à l’encontre du pays, dans la lignée des mesures adoptées par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
« Pour l’instant les missions de formation EUTM vont continuer », a annoncé le Haut Représentant à l’issue de la réunion informelle des ministres européens de la Défense.
« Nous voulons rester engagés au Mali, au Sahel, mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix », a-t-il cependant prévenu.
Interrogé par EUROPE sur le maintien de cette mission alors que la présence de Wagner en République centrafricaine (EUROPE 12854/10) a eu des conséquences sur la mission EUTM dans le pays, M. Borrell a expliqué que la présence de Wagner au Mali était « de loin pas aussi importante qu’en RCA ». Il a rappelé qu’en Centrafrique, la présence des troupes de Wagner était « très diffuse ».
« Ils sont là depuis un certain temps, de façon progressive, et on peut dire qu'en ce moment, ils contrôlent d’une façon très étendue tous les ressorts de la sécurité dans le pays, la protection des autorités, ils participent aux actions militaires, il y a des cas très clairs d'abus de droits humains. On ne peut pas continuer à former des soldats qui, finalement, vont être les collaborateurs dans cette situation-là », a-t-il expliqué.
De son côté, la ministre française des Armées, Florence Parly, a estimé que le Mali et la RCA étaient les « deux faces d’un même problème ». Elle a expliqué que les Européens voulaient éviter que les actions commises par Wagner en Centrafrique se répliquent au Mali. « Nous discutons de la meilleure façon d’utiliser la pression maximale exercée par la CEDEAO et comment, dans quelles conditions, la lutte contre le terrorisme peut se poursuivre », a-t-elle expliqué.
Selon la ministre, il y a un « certain nombre de problèmes qui ne sont pas des détails » et qui nécessitent une analyse extrêmement précise des conditions à réunir pour poursuivre les actions menées.
Adoption de nouvelles sanctions en vue
Estimant que le risque d’une dégradation de la situation était « évident », M. Borrell a prévenu que l’UE allait prendre des mesures après l’adoption de mesures de la part de la CEDEAO. Selon lui, elles seront dans la même ligne que celles de l’organisation africaine. « Malgré tous les avertissements, nous ne voyons aucun signe de progrès du côté des autorités locales », a expliqué le Haut Représentant. Selon le ministre roumain, Bogdan Aurescu, la France a proposé d’imposer des sanctions contre les personnes qui menacent la démocratie au Mali. L’UE s’est dotée en décembre d’un cadre de sanctions contre ceux qui entravent la transition politique (EUROPE 12852/3).
Le Haut Représentant a aussi annoncé que l’UE n’avait pas suspendu son aide au développement au Mali, mais avait bloqué son soutien à l’aide budgétaire. Cette décision a été prise à partir du moment où l’UE a su que les élections n’auraient pas lieu, a-t-il précisé. (Camille-Cerise Gessant)