La Commission européenne a décidé, jeudi 13 janvier, d’interdire l'acquisition de Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering CO., Ltd (DSME) par Hyundai Heavy Industries Holdings (HHIH).
La concentration entre les deux constructeurs navals sud-coréens aurait créé une position dominante pour la nouvelle entreprise issue de la concentration et réduit la concurrence sur le marché mondial de la construction de grands transporteurs de gaz naturel liquéfié (GNL’). Les parties n'ont pas formellement proposé de mesures correctives pour répondre aux préoccupations de la Commission (EUROPE 12867/13).
Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission responsable de la politique de concurrence, a déclaré, devant la presse, que la fusion « aurait créé une position dominante sur le marché de la construction de grands méthaniers. Cela aurait entraîné une diminution du choix, une hausse des prix et, en fin de compte, moins d'innovation pour les clients européens. Les entreprises n'ont pas présenté de mesures correctives formelles pour compenser les effets négatifs de l'acquisition ».
« L'interdiction d'aujourd'hui est la dixième fusion bloquée au cours des dix dernières années », a ajouté Mme Vestager.
DSME et HHIH sont des leaders mondiaux dans la construction de grands transporteurs de GNL et deux des trois plus grands acteurs sur ce marché très concentré.
Les grands transporteurs de GNL sont des navires hautement sophistiqués capables de transporter de grandes quantités de GNL (>145 000 m³) à une température de moins 162 degrés Celsius.
Ces cinq dernières années, le marché mondial de la construction de grands transporteurs de GNL a représenté jusqu'à 40 milliards d'euros, les clients européens ayant passé près de 50% de l'ensemble des commandes.
Alors que, lors de l'ouverture de l'enquête approfondie en novembre 2019, la Commission avait soulevé des préoccupations concernant les marchés de la construction de pétroliers, de transporteurs de gaz de pétrole liquéfié (GPL), de porte-conteneurs et de transporteurs de GNL (grands et petits), la décision de jeudi ne concerne que le marché des grands transporteurs de GNL.
La Commission a constaté que l'opération, telle que notifiée, aurait abouti à la création d'une position dominante pour l'entreprise issue de la concentration sur le marché de la construction de grands transporteurs de GNL :
- l’entité issue de la concentration aurait été de loin le plus grand acteur au monde sur un marché déjà concentré. Les parts de marché cumulées des parties seraient d'au moins 60%, ce qui constitue en soi un indice d'une position dominante sur le marché ;
- il existe très peu d'autres solutions pour les clients (un seul autre grand concurrent sur le marché) ;
- l'entité issue de la concentration aurait détenu une position centrale sur le marché, car la capacité des concurrents restants n'aurait pas permis de couvrir la demande prévue sur le marché ;
- des barrières très élevées existent à l'entrée sur le marché (et aucune puissance d'achat) ;
- la demande de grands transporteurs de GNL n'a pas été touchée par la pandémie de Covid-19.
Les parties n'ont pas formellement proposé de mesures correctives pour répondre aux préoccupations de la Commission. En conséquence, la Commission a interdit l'opération envisagée.
En répondant à des questions de journalistes, Mme Vestager a déclaré : - « Notre quotidien est affecté par le fonctionnement de ces marchés » (gaz) et il est très difficile de pénétrer sur ces marchés ; - la situation sur le marché chinois (la Chine a validé cette fusion) après la fusion n’est pas comparable à celle qui existe sur le marché de l’UE ; - « Nous avons également eu des contacts réguliers avec d'autres organismes tels que la commission coréenne du commerce équitable et la commission japonaise du commerce équitable et nous devons attendre leurs conclusions » dans cette affaire.
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