Les chefs d’État ou de gouvernement discuteront, jeudi 16 décembre, lors de leur déjeuner du Conseil européen, du renforcement des forces militaires russes le long de la frontière avec l'Ukraine.
« Toute nouvelle agression militaire contre l'Ukraine provoquera, en réponse, des conséquences de grande ampleur et le coût en sera considérable », a prévenu le président du Conseil européen, Charles Michel, dans sa lettre d’invitation aux dirigeants. Un message qui, selon un projet de conclusions daté du 13 décembre, devrait être repris par les Vingt-sept.
Le Conseil européen devrait discuter des mesures qui pourraient être prises en cas d’agression russe, voire de mesures à prendre pour dissuader la Russie d’agir. Un diplomate européen a expliqué qu’il y avait une certaine coordination sur les mesures qui pourraient être prises, mais que les détails ne seront pas abordés par les dirigeants.
« Ce qui me semble incontournable c’est que, s’il devait y avoir intervention militaire russe à cette frontière, des sanctions économiques très étendues seraient la réponse à laquelle il faudrait s’attendre », a expliqué une source diplomatique européenne alors qu'une autre a rappelé que « l'UE dispose d'instruments pour que ce prix soit très élevé ».
En outre, selon un haut fonctionnaire européen, les dirigeants ne devraient pas prendre position sur la demande du président russe de négociations immédiates avec l’OTAN et les États-Unis concernant les garanties à apporter à la Russie sur sa sécurité. Il a rappelé que tous les États membres de l’UE ne sont pas membres de l’Alliance et inversement.
Selon une source diplomatique européenne, la discussion sur le sujet devrait être « longue et difficile ».
D'après le projet de conclusions, le Conseil européen devrait souligner qu'il est urgent que la Russie désamorce les tensions causées par le renforcement militaire le long de sa frontière avec l'Ukraine et par sa rhétorique agressive. Il devrait aussi rappeler son plein soutien à la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Comme à chaque Conseil européen de juin et décembre, les dirigeants devraient donner leur accord pour le renouvellement, pour six mois, des sanctions économiques à l’encontre de la Russie.
Biélorussie. Les dirigeants discuteront aussi de la Biélorussie, notamment de l’instrumentalisation de la migration par le régime de Loukachenko (voir autre nouvelle). Dans leurs conclusions, ils pourraient réitérer leur appel à la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et à la fin de la répression de la société civile et des médias indépendants. Le Conseil européen devrait également réaffirmer le droit démocratique du peuple biélorusse d'élire son président dans le cadre de nouvelles élections libres et régulières.
Voisinage méditerranéen. Les dirigeants pourraient aussi se pencher sur le voisinage méditerranéen. Réaffirmant sa détermination à renouveler et à renforcer le partenariat de l'UE avec les pays voisins du Sud « en vue de relever les défis communs et de tirer parti des possibilités partagées grâce à une coopération renforcée », le Conseil européen devrait inviter le Conseil et la Commission à accélérer les travaux sur le nouvel Agenda pour la Méditerranée (EUROPE 12654/8).
Chine. Le président lituanien, Gitanas Nausėda, pourrait mentionner les tensions entre son pays et la Chine en raison de l’ouverture d’un bureau de Taïwan à Vilnius. Mercredi 15 décembre, la délégation diplomatique lituanienne a quitté la Chine.
Défense. À la suite de leur discussion lors du sommet de Brdo d'octobre 2021 (EUROPE 12806/3), les dirigeants vont de nouveau se pencher sur la défense de l’UE. L’Union « assumera davantage de responsabilités pour sa propre sécurité et sa propre défense, suivra une ligne de conduite stratégique et augmentera sa capacité à agir de manière autonome », devraient préciser les conclusions (EUROPE 12850/24).
Les dirigeants fourniront aussi des orientations pour la 'Boussole stratégique', dont la version définitive devrait être adoptée en mars 2022. Ils devraient inviter leurs ministres à faire avancer les travaux sur une 'Boussole stratégique' ambitieuse, « qui définisse une vision stratégique commune pour la prochaine décennie et utilise au mieux l'ensemble de la boîte à outils de l'UE, y compris les politiques, outils et instruments civils et militaires ».
Les chefs d’État ou de gouvernement discuteront également des moyens de renforcer encore la coopération avec l'OTAN. Selon eux, la troisième déclaration sur la coopération UE-OTAN, qu'ils attendent avec impatience, devrait être élaborée de manière inclusive, porter sur les nouvelles menaces et les nouveaux défis et inclure, comme domaines de coopération renforcée la résilience, les cybermenaces et les menaces hybrides, le changement climatique et la sécurité, l'espace et les technologies émergentes et perturbatrices.
Voir le projet de conclusions : https://bit.ly/3pYPkUg (Camille-Cerise Gessant)