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Bulletin Quotidien Europe N° 12806
CONSEIL EUROPÉEN / Affaires ÉtrangÈres

Pour Charles Michel, « les alliés solides font les alliances solides »

Les dirigeants européens veulent une Europe forte qui sache faire preuve d’autonomie. Après quelque six heures de discussions autour d’un dîner informel à Brdo pri Kranju, mardi 5 octobre, ils se sont accordés sur les objectifs de l’UE sur la scène internationale : accroître l’influence européenne de manière autonome, et, en même temps, travailler de près avec des alliés.

Pour le Président du Conseil européen, Charles Michel, l’autonomie stratégique n’est pas incompatible avec un multilatéralisme fort. Tout comme le Président français, Emmanuel Macron (EUROPE 12805/2), il estime qu’une Europe forte attirera davantage les partenaires. « Les alliés solides font les alliances solides », a-t-il indiqué à EUROPE à l’issue du sommet UE-Balkans occidentaux, le 6 octobre. 

Pour certains chefs d’État ou de gouvernement également, l’influence de l’UE dans le monde doit s’appuyer sur le multilatéralisme, afin de s’affirmer face à des puissances qui ne partagent pas les mêmes valeurs. « Nous devons faire attention à ce qu'il n'y ait pas dans le futur qu’une sorte de ‘G3’ avec les États-Unis, la Chine et la Russie, et que l'Europe n'ait plus son mot à dire », a affirmé le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, le 6 octobre, devant la presse.

Le Premier ministre slovaque, Eduard Heger, a abondé dans ce sens. Mais, pour lui, l'UE doit aussi faire preuve d'un engagement fort avec son voisinage : « Si nous voulons être crédibles aux yeux de nos partenaires, nous devons absolument nous pencher sur les problèmes de notre voisinage, comme les Balkans occidentaux, l'Ukraine ou le Sahel. Si nous arrivons à gérer ces relations avec succès, cela augmentera notre crédit dans les discussions avec les dirigeants mondiaux, et je pense que c'est une étape très importante », a-t-il indiqué à la presse en amont du sommet UE-Balkans occidentaux.

États-Unis 

La relation transatlantique est au cœur de la stratégie européenne sur la scène internationale. Les évènements des dernières semaines ont bousculé l’agenda de l’UE et amené certains États membres à vouloir repenser la stratégie à adopter dans les mois à venir pour la relation avec les États-Unis. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a toutefois envoyé un message plutôt positif sur la question. Interrogée par EUROPE, elle a rappelé les échanges constructifs qu’elle a eus au téléphone avec le président américain, Joe Biden, le 4 octobre, que ce soit sur les vaccins, la COP26 ou le Conseil UE-États-Unis pour le commerce et les technologies. 

Les conclusions orales communiquées par Charles Michel à l'issue du dîner ne mentionnent ni Washington ni le sentiment qui entoure les liens actuels. Mais Xavier Bettel s’est dit heureux « que nous n’ayons pas rayé les États-Unis de notre liste d’amis ». 

Selon un diplomate européen, l’UE observe les évènements récents et les mouvements actuels des États-Unis afin de mieux préparer la suite. 

Chine

Les relations de l’UE avec la Chine n’ont pas occupé une grande place dans les discussions des dirigeants. M. Michel a estimé dans ses conclusions que l’UE poursuivrait « ses intérêts propres, notamment eu égard à la Chine » et a rappelé la qualification de 'partenaire et rival systémique' attribué à Pékin.

Selon le même diplomate européen, les dirigeants s’accordent sur le fait que l'UE ne devrait pas fermer complètement la porte à la Chine. Davantage de consultations et discussions avec les États membres sont toutefois nécessaires pour organiser la suite des relations et leur forme. 

Défense 

Si les dirigeants se sont entendus sur le principe d'étendre l'influence européenne dans le monde, il reste quelques divergences s’agissant de définir ce qu’est véritablement l’autonomie stratégique, comme l’a rapporté le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, après le dîner informel : « Il y a consensus au sens large du terme. Certains pays mettent plus l’accent sur la défense européenne, d’autres se concentrent plus sur les liens transatlantiques. Tous sont quand même d’accord sur le fait que les deux sont importants ».

Charles Michel et Ursula von der Leyen ont insisté sur ce dernier point également. « Le dîner a confirmé clairement que l’OTAN était l’alliance militaire la plus forte, et l’UE n’en sera jamais une. Mais il y a des scénarios où on ne voit pas l’OTAN et où il serait nécessaire pour l’UE de pouvoir agir. Donc, il s’agit d’améliorer nos capacités, notre interopérabilité, de renforcer notre base industrielle et d’adapter nos capacités face aux nouvelles menaces », a indiqué Ursula von der Leyen à EUROPE. 

La nouvelle étape pour concrétiser cette vision sera la préparation par le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, de la 'Boussole stratégique'. Il présentera la première version de son document en novembre aux ministres de la Défense, avant une discussion au Conseil européen de décembre. Cette 'boussole' devrait être adoptée lors du Conseil européen de mars, qui devrait être consacré à la Défense. En parallèle, l'UE va négocier avec l'Alliance atlantique une nouvelle déclaration commune, qui devrait être adoptée en amont du sommet de l'OTAN, qui devrait se tenir en juin 2022 à Madrid. 

À la sortie du dîner, M. Borrell a estimé que les Européens devaient agir « pour créer une culture stratégique commune et partager les défis auxquels ils font face ». La semaine prochaine, il rencontrera le Secrétaire d’État américain, Antony Blinken, à Washington.

Voir les conclusions orales de Charles Michel : https://bit.ly/3AjZgeh (Léa Marchal avec Camille-Cerise Gessant)

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