Les eurodéputés, réunis en séance plénière, ont débattu avec les représentants du Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne, mercredi 6 octobre, des solutions pour faire face à l’augmentation des prix de l’énergie pour les entreprises et les consommateurs (EUROPE 12795/13).
« Cette situation touche les citoyens européens et les entreprises, et principalement les PME déjà durement touchées par la pandémie. Il faut sortir de cette crise, sortir de ces prix qui flambent », a déclaré Siegfried Mureșan (PPE, roumain).
Pour ce faire, notre groupe propose de commencer par « identifier s’il y a eu des manipulations sur les marchés par des acteurs, qu’ils soient étatiques ou non », a détaillé l’eurodéputé, visant ouvertement « Gazprom et la Russie ».
Plusieurs familles politiques du Parlement européen ont d’ailleurs partagé cette approche, réclamant qu’une enquête soit menée. La Commission européenne a confirmé, via la commissaire chargée de l’Énergie, Kadri Simson, qu’elle examinerait ce point.
Capacité de stockage et boîte à outils
Au chapitre de la coopération interétatique, les groupe PPE, Renew Europe et S&D soutiennent l’idée d’une boîte à outils à disposition des États membres pour réagir aux situations de crise.
Celle-ci, a affirmé Kadri Simson, devrait être présentée la semaine prochaine (EUROPE 12796/9). Soit après de premiers débats lors du Conseil 'Environnement' et du dîner des chefs d'État ou de gouvernement à Ljubljana (voir autres nouvelles).
« Il faut un plan concret pour que les États membres puissent réagir. Ce serait un premier pas vers une vraie union de l’énergie », a insisté Iratxe Gárcia Pérez (S&D, espagnole). Elle a également fait part de son incompréhension quant au fait que ce « débat urgent » n’ait pas été assorti d’une proposition de résolution.
De la même manière, plusieurs groupes du PE ont également avancé l’idée d’actions communes telles que des capacités communes de stockage de gaz ou encore des programmes d’achat commun d'énergie. Ces procédures pourraient être calquées sur le mode opératoire utilisé pour l’achat des vaccins.
« Nous devons renforcer nos capacités de stockage de gaz qui sont très insuffisantes dans certains États membres. Les stocks actuels ne suffisent pas et certains pays ont déjà commencé à puiser dedans pour faire face à la hausse des prix. Une initiative européenne avec les fournisseurs, les transporteurs et les régulateurs est possible », a estimé Christophe Grudler (Renew Europe, français).
Aides ciblées et spéculation
Outre le stockage, plusieurs familles politiques - à l’image du S&D - ont également souligné la nécessité de mesures pour « freiner la spéculation sur le marché et permettre une transition durable ».
Du côté du groupe La Gauche, qui souhaite aller plus loin, on plaide pour « un blocage des prix immédiats sur l’énergie », ainsi que pour la diminution des taxes et l’instauration de prix progressifs.
« Le gaz a connu une hausse de 57% en France, l’électricité a augmenté de 37% en Espagne et de 40% en Italie. La Commission est coupable, comme tout ceux qui veulent tout 'marchandiser'. Depuis la privatisation des marchés, les prix ont quasiment été multipliés par deux », a lancé Manon Aubry (La Gauche, française).
« Il faut autoriser les États membres à renationaliser les secteurs énergétiques », a-t-elle ajouté.
Pour le groupe Verts/ALE, enfin, des leçons doivent être tirées de la crise actuelle. « Il est nécessaire d’en finir avec les énergies carbonées. L’addiction aux énergies fossiles était déjà intenable sur les plans climatique et géopolitique, ça devient un handicap financier », a jugé son coprésident, le Belge Philippe Lamberts.
Le groupe écologiste - et il n’est pas le seul - souhaiterait également que des aides directes ciblées soient attribuées aux personnes les plus vulnérables.
Outre la présentation d’une boîte à outils, la Commission européenne a également rappelé qu’une réforme du marché du gaz serait proposée d’ici la fin de l’année. Les États membres se pencheront à nouveau sur la flambée des prix de l’énergie lors du Conseil européen des 21 et 22 octobre. (Thomas Mangin)