Avec le Paquet Climat proposé mercredi 14 juillet par la Commission européenne (voir autres nouvelles), « nous avons clairement avancé et cela doit être salué », mais « je fais partie des personnes qui restent à convaincre sur certains aspects ». C’est par ces mots que le président de la commission de l'Environnement (ENVI) du Parlement européen, Pascal Canfin (Renew Europe, français), a accueilli en fin de journée le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, pour un premier échange de vues sur ce nouveau train de mesures législatives.
Si le Français avait salué, plus tôt dans la journée, une « étape très importante vers notre objectif d'atteindre la neutralité climatique d'ici 2050 », il avait aussi dit que son objectif est de s’assurer que toutes ces mesures « seront capables de transformer notre société sans dislocation sociale ».
Les réactions dans la salle ont toutefois été globalement très positives, plusieurs élus, même du groupe ID, félicitant le vice-président pour cet ensemble de textes. La Suédoise Jytte Guteland (S&D) a évoqué une « journée historique », l'UE montrant « un leadership mondial » et permettant « à nos industries d’être plus compétitives et durables ».
Même accueil favorable de la part de Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais). « Je vous félicite, ce n’est pas mon habitude, mais c’est un moment historique », a-t-il aussi commenté, se réjouissant que le vice-président ait obtenu du collège des commissaires que l’on s’attaque à un grand nombre de secteurs.
Mais les députés ont rapidement exprimé des craintes, comme l’avait aussi fait ces derniers jours le président de la commission ENVI : quel sera le coût social de ces mesures ?
« On reste inquiet pour le transport et le BTP (bâtiment et travaux publics, NDLR) » (couverts par un nouvel 'ETS') et « le risque d’impact social ; cela risque de frapper les ménages les plus fragiles », a dit l’élue suédoise.
La députée néerlandaise du PPE, Esther de Lange, a aussi exprimé cette crainte : « Le citoyen sait très bien que les prix vont augmenter ; la partie sociale m’inquiète. Comment être sûre que le fonds social ne sera pas un cadeau pour les États membres, mais touchera directement les gens ? »
D’autres élus ont aussi estimé que, malgré le caractère historique du paquet, les objectifs de neutralité carbone en 2050 ne pourront peut-être pas être tenus.
Pour Bas Eickhout, il y a « encore des choses à améliorer ». Il faudra ainsi encore régler la question des investissements dans le gaz, et le système d’émissions de quotas de CO2 encore gratuites ne facilite pas non plus les objectifs. « Si certains États membres peuvent encore avoir des aides d’État pour les énergies fossiles, cela nous préoccupe », a-t-il également expliqué.
Au sein du groupe CRE, on s’est en tout cas inquiété de la différence entre les États membres et des pays comme la Pologne qui pourraient être plus pénalisés.
De son côté, Silvia Modig (La Gauche, finlandaise) a demandé des « ambitions plus poussées ». « La disparition des énergies fossiles ne va pas assez loin, selon moi » et a demandé « comment s’assurer que l’agriculture jouera bien son rôle ? »
Le vice-président, Frans Timmermans, s’est dit tout à fait conscient des difficultés qui l’attendent, se refusant d’ailleurs à son niveau à parler de journée historique. « On ne le sait pas, on le saura dans quelques années. Je suis tout à fait conscient que c’est le début d’une longue série de dialogues », a-t-il dit aux députés. « Je sais qu’il sera dur de convaincre les citoyens, mais je suis convaincu que nous y arriverons ». (Solenn Paulic)