Après avoir suscité une vague d’indignation dans l’Union européenne, le projet de loi hongrois stigmatisant la communauté LGBTI a fait l’objet, jeudi 24 juin, d’une discussion informelle mouvementée et « franche » entre les chefs d’État ou de gouvernement de l’UE.
Tous, à l'exception des dirigeants slovène et polonais, ont jugé inacceptable cette initiative visant à interdire tout contenu publicitaire, éditorial et scolaire « faisant la promotion » de l'homosexualité et de la transidentité auprès des moins de 18 ans (EUROPE 12747/7).
Les dirigeants ont fait part de leurs critiques au Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, « dans un langage » que son homologue belge, Alexander De Croo, a assuré n'avoir jamais entendu dans une telle enceinte. En tout cas, pas depuis son arrivée en octobre.
« À mon sens, c'est la première fois qu'il y a une confrontation de la sorte », a-t-il insisté lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion.
À leur arrivée à Bruxelles, l'essentiel des dirigeants avait assuré qu'ils seraient fermes sur la question, estimant que la Hongrie était « allée trop loin ».
Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, notamment, n'a pas hésité à répéter à Viktor Orbán à huis clos les propos qu'il avait déjà tenus publiquement dans l'après-midi, suggérant que la Hongrie quitte l'Union, si elle ne pouvait en respecter les valeurs.
Défense faible
Avant de rejoindre les autres dirigeants, le Premier ministre hongrois avait justifié le projet de loi, assurant qu'il visait à « défendre les droits des enfants et de leurs parents » et qu'il n'y était pas « question d'homosexualité ».
Une défense en contradiction avec ses justifications avancées la semaine précédente (EUROPE 12743/24).
Il ne s'est apparemment pas montré plus convaincant devant ses pairs que devant les journalistes. Alexander De Croo a en effet assuré que les justifications avancées pendant la réunion avaient été « assez faibles » et ne « répondaient pas à la critique ».
Procédure d'infraction
Jeudi matin, avant même leur arrivée au Conseil européen, les dirigeants de 17 États (Belgique, Danemark, Allemagne, Estonie, Irlande, Grèce, Espagne, France, Italie, Chypre, Lettonie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Finlande, Suède, Autriche) avaient signé une lettre sur le sujet – lettre adressée aux présidents du Conseil européen, du Conseil de l'UE et de la Commission, à l'initiative du Luxembourgeois, Xavier Bettel. Lors du sommet, ce dernier a évoqué les difficultés que rencontrent au quotidien les personnes LGBTI, faisant part de sa propre expérience.
Les signataires s’y engageaient à « continuer à lutter contre la discrimination envers la communauté LGBTI » et à « poursuivre cet effort, pour garantir que la future génération européenne grandisse dans une atmosphère d'égalité et de respect ».
La veille du sommet, la Commission européenne avait, quant à elle, adressé au gouvernement hongrois une lettre exposant l’incompatibilité du projet de loi avec plusieurs dispositions juridiques européennes – notamment l'Article 2 du Traité sur l'UE relatif au respect des droits humains et à la non-discrimination (EUROPE 12747/7). Sa présidente, Ursula von der Leyen, a indiqué clairement lors de la réunion qu'une procédure d'infraction serait lancée. (Agathe Cherki)