Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a estimé, jeudi 24 juin, que le partenariat stratégique entre l'UE et l'organisation qu'il dirige « est plus indispensable que jamais » pour combattre les inégalités dans le monde, aggravées par la pandémie de Covid-19 - notamment en termes d'accès aux vaccins - et les changements climatiques.
Il compte pour cela sur le rôle de chef de file de l'UE pour que soit saisie « une occasion unique de créer des sociétés plus durables et plus justes » à l'heure où la pandémie a mis en évidence des systèmes de santé totalement inadaptés, des lacunes énormes en matière de protection sociale et des inégalités structurelles majeures au sein des pays et entre eux.
M. Guterres était invité au Parlement européen pour « célébrer ce partenariat », le jour où s'ouvrait le Conseil européen dédié pour partie à la vaccination dans l'UE et à la coopération mondiale.
« Nous apprécions énormément votre engagement pour le multilatéralisme, la réforme de l'ONU et pour votre leadership pour surmonter les défis en temps de crise », avait déclaré le président du Parlement, David Sassoli, avant l'allocution du Secrétaire général.
De l'avis d'António Guterres, « les vaccins sont le seul moyen de sortir de la pandémie » et il convient de vacciner la totalité de la population mondiale déjà en 2022.
« Si le continent africain ne reçoit pas 225 millions de doses supplémentaires, près de 90% des pays africains ne parviendront pas à atteindre l'objectif fixé en septembre de vacciner 10% de leur population. Et si nous voulons que 75% de la population mondiale soit vaccinée, il nous faut non pas un, mais onze milliards de doses », a-t-il affirmé.
M. Guterres estime que l'UE doit utiliser « son pouvoir de levier en tant qu'acteur mondial » pour intensifier les efforts mondiaux afin de « garantir des vaccins sûrs pour tout le monde. »
Dénonçant « des inégalités choquantes » qui se creusent entre pays développés et pays en développement, il a évoqué le fait que les pays riches consacrent plus de 28% de leur PIB à la relance, les pays à revenus intermédiaires 6,5%, et les PMA 1,8% (15 fois moins). Résultat : les prévisions de croissance sont de 5,6% pour les pays riches et de 3-4% seulement pour le continent africain.
Alors que des pays sont au bord du défaut de paiement tandis que la richesse des plus fortunés a augmenté de 5 000 milliards de dollars, il a appelé à « un impôt de solidarité ou un impôt sur la fortune » pour que ceux « qui ont profité de la pandémie » financent la relance socioéconomique. Des applaudissements ont accueilli ses propos.
Partisan d'une extension de l'allégement de la dette à tous les pays en développement et soutenant la nouvelle allocation de DTS, M. Guterres estime qu'il faut aller au-delà : « plus que jamais, l'Agenda 2030 (de l'ONU pour le développement durable : NDLR) et les objectifs de développement durable doivent constituer notre feuille de route collective ».
Climat. S'exprimant le jour où le Parlement européen entérinait l'accord sur la 'Loi climat' (voir autre nouvelle), M. Guterres s'est félicité de l'objectif rehaussé de l'UE pour 2030 et de la neutralité climatique à laquelle elle s'engage pour l'horizon 2050. Au niveau mondial, « cette volonté d'émission zéro doit devenir la nouvelle normalité pour tous, partout », a-t-il estimé.
Il compte sur l'UE pour jouer « un rôle de passerelle » entre les parties à la COP26, tant sur l'ambition que pour le financement du soutien aux efforts des pays en développement. À cet égard, l'objectif des 100 milliards de dollars par an, qui leur ont été promis jusqu'en 2025, doit est respecté, a insisté M. Guterres.
Selon lui, une percée sur le front de la résilience est « un impératif moral ». Or, l'adaptation ne représente que 21% de la finance climat. M. Guterres a donc renouvelé sa demande pour que ce chiffre soit porté à 50%, affirmant que « les pays européens doivent soutenir cet objectif bien avant la COP26 ». (Aminata Niang)