Les ministres des Finances de la zone euro se sont félicités, vendredi 21 mai, de la vigueur de la reprise économique attendue en 2021, qui pourrait atteindre 4,3% du PIB, selon les prévisions de printemps de la Commission européenne (EUROPE 12719/2).
Ces perspectives, permises par une montée en puissance des campagnes de vaccination contre la Covid-19 dans les États membres et la suppression graduelle des restrictions sanitaires, valident la réponse budgétaire et économique d'urgence mise en place dès le printemps 2020 pour maintenir les travailleurs dans leur emploi (30 millions de personnes concernées par l'instrument SURE de chômage partiel dans quinze États membres) et soutenir les entreprises en difficulté (garanties publiques et aides d'État à hauteur de 4% du PIB de l'UE).
Toutefois, la crise économique, qui a fait chuter le PIB de la zone euro de 6,6% en 2020, laissera des cicatrices.
Le commissaire à l'Économie, Paolo Gentiloni, a notamment évoqué le risque de « dégâts permanents » que provoquerait un déficit en capitaux disponibles pour financer les investissements et les innovations technologiques, ainsi que des retards dans la formation des jeunes générations et dans la requalification des travailleurs provenant de secteurs à forte intensité de main-d'œuvre en crise.
Malgré le Plan de relance européen, le déficit d'investissements devrait s'élever à 7,2% en 2021 et à 8% en 2022, a noté le commissaire.
La reprise comporte des incertitudes, « laissera des cicatrices » et entraînera « des divergences » selon les secteurs et les États membres, a prévenu elle aussi la présidente de la BCE, Christine Lagarde. Elle a prédit plus de faillites d'entreprises avec la levée des mesures budgétaires d'urgence et fait remarquer que l'embellie économique n'entraînera une amélioration de l'emploi qu'« en 2023, pas en 2022 ».
Engagée à maintenir des conditions de financement favorables « pendant toute la durée de la pandémie », la BCE maintiendra son opération de rachat massif de titres publics ('PEPP') « au moins jusqu'à mars 2022 », a souligné Mme Lagarde.
« Pour être durable, la reprise doit aussi être inclusive et limiter les cicatrices à long terme. C'est pourquoi, aux niveaux national et européen, l'aide budgétaire continuera à s'attaquer aux effets inégaux de la pandémie et à aider les personnes les plus exposées », a promis le président de l'Eurogroupe, Paschal Donohoe.
Face à ces incertitudes, l'Eurogroupe est déjà convenu que l'orientation budgétaire resterait positive en 2021 et 2022 (EUROPE 12678/5).
Mais le soutien budgétaire public évoluera graduellement, passant d'une aide d'urgence à des mesures temporaires ciblant les secteurs les plus touchés par la pandémie, comme les transports, la restauration et/ou le tourisme.
M. Gentiloni a d'ailleurs indiqué que la Commission européenne présenterait, mercredi 2 juin, ses recommandations de politique budgétaire et socioéconomique. Elle devrait préconiser le maintien, jusqu'à fin 2022, de la clause dérogatoire du Pacte de stabilité, puisque l'UE ne devrait retrouver son niveau d'avant-crise que dans le courant de l'année prochaine.
D'aucuns pensent déjà à moyen terme, alors que le Plan de relance européen Next Generation EU n'a pas encore produit de fruits. À son arrivée à Lisbonne, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a certes préconisé une concrétisation aussi rapide que possible des plans nationaux de relance - dix-huit sont en cours d'examen à la Commission européenne - de façon à ce que les premiers versements interviennent « avant fin juillet ».
Selon lui, cependant, « le retour à la normale ne peut être la bonne ambition ». Il a fait remarquer que retrouver le niveau d'avant-crise correspondrait quand même à une perte de 2% d'activités par rapport à la tendance du PIB observée en 2019. Pour pouvoir rivaliser avec les États-Unis et la Chine, « nous devons accroître le potentiel de croissance de l'Europe » à travers de nouveaux « investissements », a-t-il ajouté, sans toutefois mentionner explicitement la nécessité d'un deuxième plan de relance européen.
Voir le programme de travail de l'Eurogroupe d'ici à fin 2021 : https://bit.ly/3f9b7ok (Mathieu Bion)