Les ministres de la Défense des États membres de l’UE se retrouveront jeudi 6 mai à Bruxelles pour un Conseil dont le principal sujet sera la 'boussole stratégique de l’UE', et en particulier la gestion de crise.
Boussole stratégique. Les ministres et le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, vont donc se pencher et faire des propositions sur la question de la gestion de crise et ce qu’on peut faire de plus et de mieux pour répondre aux crises d’aujourd’hui et de demain. « Nous sommes dans une phase de réflexion et non de négociations », a précisé une source européenne.
Plusieurs sujets devraient être abordés, notamment la nécessité pour les opérations de politique de sécurité et de défense commune (PSDC) d’être plus réactives, en particulier dans le processus de prise de décision et dans la génération de forces. Ces opérations devraient aussi avoir des mandats plus robustes, « adaptés au monde d’aujourd’hui » et plus flexibles, avec la possibilité de formes ad hoc de missions.
Selon un haut diplomate européen, les ministres devraient discuter du concept de « force de première entrée » (first entry force). Celle-ci, qui pourrait compter 5 000 militaires, pourrait être déployée rapidement, par exemple si un gouvernement d’un pays tiers s’inquiétait d’une possible prise de contrôle du territoire par une organisation terroriste. Ces militaires participeraient aussi à des exercices communs et des formations afin d’améliorer leur capacité à être déployés ensemble. Ce concept est soutenu par 14 États membres (Autriche, Belgique, Chypre, République tchèque, Allemagne, Grèce, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Slovénie et Espagne).
Les ministres pourraient aussi se pencher sur la façon de mieux organiser les actions civiles et militaires, mais aussi sur l’amélioration des structures pour soutenir les missions et les commander. Enfin, le Conseil pourrait réfléchir à la manière de s’adapter au nouvel environnement stratégique, surtout à l’horizon 2030, y compris le renforcement des liens avec les partenaires.
Des réflexions du même type se tiendront prochainement sur les trois autres domaines de la 'boussole stratégique' : la résilience, le développement des capacités et les partenariats. L’objectif est d’avoir un premier projet de boussole pour examen du Conseil en novembre 2021 et une adoption finale en mars 2022.
Affaires courantes. Rapidement, les ministres devraient examiner les opérations de PSDC en cours.
Ils devraient tout d’abord discuter de la situation au Sahel, après la visite de M. Borrell en Mauritanie, au Tchad et au Mali.
Le Conseil devrait aussi faire le point sur la situation au Mozambique. Selon une source européenne, la discussion sera une occasion pour le Haut Représentant de rappeler la réflexion en cours sur ce que peut faire l’UE pour soutenir les autorités contre des mouvements terroristes. « La réflexion est toujours en cours, elle est globale, elle va de l’humanitaire au développement, avec ce qu’on peut faire en matière de sécurité (...) Tous les États membres sont d’accord sur la gravité de la situation et sur la nécessité d’aboutir rapidement à une décision », a expliqué cette source. Le Portugal pousse pour la mise en place d’une mission de formation de l’UE (EUROPE 12701/31).
Le Conseil devrait aussi faire le point sur l’opération EUNAVFORMed Irini, qui vient d’être prolongée de deux ans (EUROPE 12680/14) et discuter de la façon de rester mobilisé en soutien aux nouvelles autorités libyennes et aux Nations Unies.
Les ministres seront aussi invités à partager leur évaluation de la situation avec la Russie, notamment à la suite de mouvements de troupes à la frontière ukrainienne.
Le Conseil devrait donner son accord à la participation de trois États tiers – les États-Unis, le Canada et la Norvège - au projet de coopération structurée permanente (CSP ou PESCO en anglais) de mobilité militaire (EUROPE 12692/18). Il devrait aussi donner son soutien politique aux conclusions sur la sécurité et la défense, qui seront officiellement adoptées lundi 10 mai par les ministres européens des Affaires étrangères (EUROPE 12712/15).
OTAN. Le Conseil se terminera par un déjeuner en présence du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Les ministres et le secrétaire général reviendront donc sur la Bosnie-Herzégovine, avec l’opération EUFOR Althea. Les ministres et le secrétaire général discuteront aussi de la Libye et de la coordination entre l’opération de l’UE, Irini, et celle de l’OTAN, Sea Guardian. Il n’y a pas d’arrangement administratif entre les deux opérations en raison d’un blocage du côté de l’allié turc.
Enfin, le secrétaire général de l’OTAN informera les ministres sur les objectifs de l’Alliance concernant le calendrier de retrait des troupes d’Afghanistan. La Russie pourrait aussi être mentionnée.
En amont de leur Conseil, les ministres participeront au conseil d’administration de l’Agence européenne de Défense, afin, notamment, de faire le point sur la mise en œuvre de l'examen annuel coordonné en matière de défense (EUROPE 12606/2). Le Conseil sera suivi, pour la première fois, du conseil d’administration du Centre d’imagerie satellitaire de l’UE, SatCen. (Camille-Cerise Gessant)