« La sortie de la Turquie de la Convention d'Istanbul contre les violences faites aux femmes a bouleversé notre agenda », constate Rik Daems, président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE). « Alors que nous devions consacrer la plénière de juin à la question de l'environnement, c'est ce texte qui sera au cœur des débats ».
Du côté de la Turquie, Rik Daems a eu l'engagement qu'un débat serait organisé au sein de la Grande Assemblée nationale, mais sans grand espoir de revirement, puisque l'acte de sortie officiel, prévu pour juillet prochain, ne relève que de l'exécutif.
« Pour faire avancer la cause de la Convention » auprès des pays qui ne l'ont pas encore ratifiée ni même signée, le président de l'APCE multiplie rencontres et démarches en lien avec la Secrétaire générale et le Comité des ministres du Conseil de l'Europe.
« Des progrès peuvent être actés », signale-t-il en citant le Royaume-Uni, « pays très important », dont le représentant permanent au Comité des ministres confirme une possible ratification « à la fin de l'année ».
Pour le Liechtenstein, autre État membre du Conseil de l'Europe, une ratification peut être envisagée dès juin, ce qui porterait à 34 le nombre de ratifications (33 après la sortie définitive de la Turquie).
Autres pays sur lesquels le Conseil de l'Europe « travaille » : des pays tiers comme la Tunisie, le Kazakhstan - « qui ont marqué leur intérêt » -, le Maroc, « partenaire pour la démocratie » du Conseil de l'Europe, le Canada, les États-Unis et le Mexique, « pays observateurs ». « J'ai rencontré leurs ambassadeurs », annonce Rik Daems, également en contact avec la Nouvelle-Zélande, dont la Première ministre, Jacinda Ardern, « est très concernée ».
Le but est donner à la Convention d'Istanbul « une envergure globale » dans un cadre international prévoyant partage de bonnes pratiques, monitoring et mise à disposition d'experts.
Reste, constate M. Daems, la question des pays où la Convention d'Istanbul pose des « problèmes liés aux termes 'violences fondées sur le genre', qui visent les stéréotypes niant l'égalité homme/femme, mais n'impliquent pas d'abolir ou de détruire la vision traditionnelle de la famille ». « Ce concept est méconnu, notamment dans certains pays d'Europe centrale et orientale où des forces politiques abusent volontairement d'interprétations fallacieuses pour servir leurs propres combats en faisant dire à la Convention ce qu'elle ne dit pas ». Convaincre leurs gouvernements est « un exercice délicat et difficile auquel il ne faut pas renoncer ».
L'événement « de haut gabarit » qui prépare l'APCE devrait y concourir.
Alexander De Croo, Premier ministre belge et auteur d'un « Siècle de la femme », y prendra part. Une série d'autres invitations ont été lancées à des « personnalités de premier plan ». (Véronique Leblanc)