Une nouvelle polémique a éclaté, mardi 9 mars au soir, entre l’Union européenne et le gouvernement britannique après que le président du Conseil européen, Charles Michel, a évoqué une pratique britannique d’« interdiction totale » des exportations britanniques de vaccins contre la Covid-19.
Ce commentaire a déclenché une nouvelle colère de Londres, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, jugeant ces propos « complètement faux ».
Dans la foulée, le gouvernement britannique a convoqué, mercredi 10 mars au matin, une représentante de l’UE, à défaut de l’ambassadeur de l’UE, que Londres refuse jusqu’ici d’accréditer au rang d'ambassadeur.
Une lettre d'information du président du Conseil européen est à l’origine de cette nouvelle bataille médiatique. Alors que la Commission soupçonne l’entreprise anglo-suédoise AstraZeneca de ne pas avoir livré à l’UE, depuis le Royaume-Uni, toutes les doses prévues de vaccins – et de ce fait, de ne pas honorer son contrat -, le président du Conseil européen a vanté la stratégie d’exportation de l’UE.
« Les faits ne mentent pas. Le Royaume-Uni et les États-Unis ont imposé une interdiction pure et simple de l'exportation de vaccins ou de composants de vaccins produits sur leur territoire », écrit M. Michel. Il se dit « choqué » des accusations de nationalisme vaccinal visant l'UE. Celle-ci a, pour la première fois, refusé l'exportation de vaccins anti-Covid-19 depuis l'Italie vers l'Australie (EUROPE 12672/2).
Le Royaume-Uni n’aurait pas interdit d’exportations, mais, selon plusieurs médias, il n’en aurait pour autant pas exporté une seule dose en dehors de son territoire. L’UE, en revanche, en aurait exporté 9 millions au Royaume-Uni et 34 millions au total dans le monde, dont 1 million vers les États-Unis.
Le PDG d’AstraZeneca, Pascal Soriot, avait suggéré par ailleurs, il y a quelques semaines, l'existence d’une clause dans le contrat avec Londres ne réservant la production britannique de vaccins qu'au seul Royaume-Uni.
Relations déjà très tendues
Cette polémique intervient alors que les relations sont déjà tendues autour de l’accord de retrait britannique et du protocole nord-irlandais qui y est annexé.
Le sujet a été discuté, mardi 9 mars, au Conseil de l'UE, où la Commission a reçu un soutien total des Vingt-sept dans sa démarche de lancer une action légale après les dernières annonces unilatérales de Londres (EUROPE 12674/21).
« C’est une nouvelle provocation. Ce n'est pas la première et ce ne sera pas la dernière », a commenté un diplomate, relatant l’unité de vues des États membres pour « rester calmes » et « fermes » face à Londres. Plusieurs États membres et la Commission ont évoqué « un problème de confiance, dès lors que le Royaume-Uni ne respecte pas les engagements déjà souscrits », a-t-il ajouté.
« Ce n’est pas la première fois que le Royaume-Uni annonce son souhait de vouloir violer l’accord. Il avait déjà menacé de le violer avec le projet de loi sur le marché intérieur », a critiqué un autre diplomate. Et d'ajouter : « Il est donc important et logique pour les Européens de continuer à faire preuve d’unité et de fermeté, et les propos de Charles Michel vont dans ce sens ». (Solenn Paulic)