Les ministres de l’Intérieur des États membres de l’UE ont eu, jeudi 28 janvier, une nouvelle discussion informelle en vidéoconférence sur le 'Pacte Asile et migration', qui a montré « la volonté des États membres d’avancer », a relaté la commissaire Ylva Johansson, en dépit du format de la réunion. Les ministres n’ont en effet pas eu une seule réunion physique sur ce Pacte, a-t-elle noté, et, alors que les divergences de positions entre États membres sont connues sur le sujet, elle a concédé que les compromis, bien que nécessaires, « ne seront pas faciles à trouver ».
À ses côtés, le ministre portugais de l’Intérieur, Eduardo Cabrita, a indiqué que la discussion avait été menée autour de trois axes : la dimension extérieure et la coopération avec les pays tiers et de transit, le contrôle des arrivées aux frontières extérieures et les mécanismes intérieurs devant reposer sur la solidarité.
La commissaire et le ministre ont d’ailleurs insisté sur la dimension extérieure et la nécessité de renforcer les retours et les réadmissions, mais aussi sur la lutte contre les passeurs. Cela fera prochainement l’objet d’un Conseil ‘Jumbo’ avec les ministres des Affaires étrangères, ont-ils annoncé.
Lors de cette discussion, la situation de l’agence Frontex a par ailleurs été commentée, avec « quelques États membres soulevant des préoccupations ». Pour Mme Johansson, il est fondamental que l’UE soit dotée d’une « agence robuste et qui fonctionne bien », notamment sur le respect du droit à l’asile et il « y a des manquements à combler », selon elle. La commissaire a ainsi rappelé que l’agence devait encore se doter de ressources humaines suffisantes pour les droits fondamentaux, comme le prévoit son nouveau mandat.
Elle a aussi jugé normal que Frontex cesse ses activités en Hongrie (voir autre nouvelle). La Hongrie, qui refoule des migrants vers la Serbie, ne « respecte pas le droit, à ce stade ; je pense qu’elle va modifier sa politique, mais on ne peut pas avoir une agence européenne comme Frontex qui aide à empêcher les gens de rentrer » dans l'UE.
Le ministre portugais, au nom de la Présidence du Conseil de l'UE, a jugé lui aussi que l’agence Frontex « est essentielle, mais elle doit agir conformément à la législation ».
Le Haut Commissairat des Nations unies pour les Réfugiés (UNHCR) s’est en tout cas alarmé dans la journée de la hausse des refoulements aux frontières de l’UE. Dans un communiqué publié le 28 janvier, il a déploré « la fréquence croissante des expulsions et des refoulements de réfugiés et de demandeurs d'asile aux frontières terrestres et maritimes de l'Europe » et a appelé « les États à enquêter sur ces pratiques et à y mettre fin ».
Le UNHCR a reçu « un flot continu de rapports sur certains États européens qui restreignent l'accès à l'asile, renvoient des personnes après qu'elles aient atteint le territoire ou les eaux territoriales et utilisent la violence contre elles aux frontières ».
Les refoulements « sont effectués de manière violente et apparemment systématique. Les bateaux transportant des réfugiés sont remorqués. Les gens sont rassemblés après avoir débarqué et sont ensuite repoussés vers la mer ». Les personnes arrivant par voie terrestre sont également détenues de manière informelle et renvoyées de force dans les pays voisins.
Voyages non essentiels fortement découragés
La réunion a par ailleurs porté sur Schengen et les mesures actuelles de restriction des déplacements. Les voyages d'agrément ont à nouveau été très « fortement découragés », a dit la commissaire, qui a noté par ailleurs que ses propositions mises sur la table lundi pour durcir les mesures actuelles (EUROPE 12645/1) et visant notamment à créer une nouvelle catégorie de zones à risques ont été « très bien accueillies ». Elle s’est réjouie qu’un accord « puisse déjà intervenir » ce 29 janvier entre les ambassadeurs.
Il a été souligné lors de cette discussion que les États membres devaient bien se coordonner entre eux, a rapporté le ministre portugais, alors que la Commission avait critiqué, un peu plus tôt dans la journée, les interdictions de vols décidées par l’Allemagne depuis certains pays, dont le Portugal. (Solenn Paulic)