Après la romance de l'été, l'ambiance est désormais électrique entre la Commission européenne et AstraZeneca (EUROPE 12547/7). Preuve en est : la troisième réunion convoquée, mercredi 27 janvier au soir, pour trouver une solution aux retards de livraison annoncés par le laboratoire pharmaceutique pour son candidat vaccin a même failli être annulée.
Dans l'intervalle, on a pu assister à un ping pong médiatique. Une interview du directeur général d'AstraZeneca, Pascal Soriot, publiée dans plusieurs médias européens le 26 janvier, a mis le feu aux poudres. M. Soriot a évoqué les problèmes rencontrés par sa société pour produire la substance médicamenteuse du candidat vaccin, affirmant avoir « deux mois de retard ». Dans la foulée, il s'est exprimé sur l'impossibilité d'utiliser, dans l'immédiat, les sites de production du Royaume-Uni pour alimenter le marché européen et sur le fait que les quantités convenues avec l'UE étaient mentionnées en guise d'objectif idéal.
Une telle interprétation diffère de celle de la Commission européenne, qui, dans cette guerre de communication, a exigé du laboratoire pharmaceutique qu'elle autorise la publication du contrat.
« Les vingt-sept États membres de l'UE estiment unanimement qu'AstraZeneca doit tenir ses engagements au titre de notre accord », a déclaré, quelques heures avant la réunion du comité de pilotage avec cette même société, la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides (EUROPE 12644/2). La Commission attend du laboratoire anglo-suédois davantage d'informations sur les raisons précises du retard et les moyens mis en œuvre pour y remédier.
« On sait qu'on recevra une petite quantité en février [NDLR : Pascal Soriot parle d'un objectif de 17 millions de doses en février] et mars, mais on n'en sait pas beaucoup plus », a souligné une source européenne. Selon ses calculs, l'UE devrait recevoir un quart de ce qu'elle aurait dû obtenir au premier trimestre 2021. « C'est innacceptable ! », a ajouté cette source, affirmant que ce nombre devrait au moins avoir trois chiffres.
L'accord passé par l'UE avec AstraZeneca en août 2020 porte sur la fourniture de 300 millions de doses du futur vaccin, avec une option pour 100 millions de doses supplémentaires (EUROPE 12547/7). L'Agence européenne des médicaments pourraient agréer le vaccin de la société vendredi 29 janvier.
Les problèmes en détails
Dans l'interview, Pascal Soriot a fait part de l'impossibilité pour sa société de recourir aux firmes britanniques pour honorer ses engagements européens. « Le gouvernement de Londres a stipulé que l’approvisionnement provenant de la chaîne d’approvisionnement britannique irait d’abord au Royaume-Uni. Dans l’accord avec l’UE, il est mentionné que les sites de fabrication britanniques étaient une option pour l’Europe, mais seulement plus tard », a-t-il affirmé.
« Faux ! », a répondu un fonctionnaire européen, pour qui le contrat signé avec AstraZeneca fait référence à quatre sites de production (deux au Royaume-Uni, un en Belgique et un aux Pays-Bas). Selon cette même source, le contrat ne prévoit aucune hiérarchie entre les quatre sites et la seule option de soutien ('backup option') est un cinquième site hors de la région Europe.
Une autre petite phrase a fait bondir les Européens. Selon M. Soriot, le contrat conclu avec l'UE n'est pas un engagement contractuel, mais bien un engagement à faire « tout son possible » ('best effort').
À nouveau, la Commission européenne rejette cette version, insistant sur le fait que l'idée des contrats anticipés était de « financer les sociétés pour qu'elles produisent malgré le risque » et constituent un stock avant même que le vaccin ne soit agréé dans l'UE.
Par ailleurs, la Commission suspecte AstraZeneca d'avoir envoyé au Royaume-Uni des doses produites aux Pays-Bas et en Allemagne. « Aucune entreprise ne doit se faire l’illusion que nous n’avons pas les moyens de comprendre ce qui se passe. Nous demandons à toutes les entreprises d'être transparentes », a prévenu Mme Kyriakides.
Selon nos informations, ces suspicions s'appuyeraient notamment sur des informations récoltées par les services douaniers.
Les eurodéputés convoquent une nouvelle réunion
Face à ce chaos, la commission compétente du Parlement européen a invité les représentants des compagnies pharmaceutiques et la Commission à un « débat basé sur des faits sur le meilleur moyen de livrer les vaccins dans l'UE », a indiqué son président, Pascal Canfin (Renew Europe, français), via Twitter. (Sophie Petitjean)