L’opposition démocratique biélorusse a plaidé, mercredi 27 janvier, pour un soutien accru de l’UE à la société civile de son pays, demandant à l’Occident de ne pas oublier la Biélorussie. Depuis près de 6 mois, la population manifeste pour obtenir des élections libres et équitables.
Alors que la répression empire, « la Biélorussie n’est pas à l’ordre du jour (international) comme elle l’était en septembre », a regretté Franak Viačorka, journaliste et conseiller de l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa, appelant à ce que son pays soit de retour dans cet agenda international. « Il faut faire en sorte que la situation soit toujours discutée au plus haut niveau », a-t-il ajouté lors d'un débat organisé par l'ECFR sur 'L'UE et la Biélorussie en 2021'.
« Nous demandons au monde de nous écouter et de nous aider à ne pas laisser tomber les prisonniers politiques », a plaidé Svetlana Tikhanovskaïa, estimant qu’il y en avait actuellement près de 200 dans le pays. « Les Biélorusses n’ont pas besoin de sacrifices supplémentaires, l’Europe n’a pas besoin de plus de ghettos, le monde n’a pas besoin de camps de concentration supplémentaires », a-t-elle ajouté alors que, selon M. Viačorka, le régime serait en train de construire de tels camps pour les manifestants. « La transformation politique ne peut avoir lieu qu’avec le soutien de l’UE, des États-Unis et d’autres nations. L’Occident doit parler d’une seule voix concernant la crise politique en Biélorussie », a ajouté l’opposante politique.
Plus que des mots, les opposants attendent des actes, notamment de nouvelles sanctions.
Renforcer les sanctions
« La réaction de la communauté internationale a été très modeste. Les sanctions sont bien moins importantes qu’après les élections de 2010, pourtant beaucoup moins réprimées », a regretté Mme Tikhanovskaïa. Et d'espérer que « le quatrième paquet de sanctions sera adopté aussi vite que possible. Il est crucial de mettre la pression sur ceux qui violent les droits de l’homme et de cibler les fonctionnaires et les hommes d’affaires ».
Pour M. Viačorka, les sanctions européennes - 88 personnes et 7 entités - sont « une blague » et « le quatrième paquet doit être bien plus important ». Selon lui, si l’opposition fait tout son possible pour que la protestation reste pacifique, en disant qu’il faut attendre que les sanctions fassent pression sur le régime, certains groupes voudraient des actions plus radicales. « Plus on perd du temps (dans l’adoption de sanctions efficaces), plus il y a de chances que les protestations deviennent violentes », a-t-il mis en garde.
Soutien à la société civile
Au-delà des sanctions, Mme Tikhanovskaïa et M. Viačorka ont appelé au renforcement du soutien à la société civile. « Il est important d’éviter la bureaucratie, car la population a besoin d’un soutien maintenant », a souligné la première.
Lawrence Meredith, directeur pour le Voisinage oriental à la DG NEAR de la Commission européenne, a expliqué que celle-ci essayait de faire en sorte que l’aide arrive aussi vite que possible. « Nous voulons donner à la population biélorusse tout le soutien que nous pouvons », a-t-il promis, ajoutant que l’UE faisait tout pour s’assurer qu’il n’y ait pas de bureaucratie ni de retard.
Le sous-secrétaire d’État polonais, Marcin Przydacz, a poussé pour la présentation rapide du Plan global de soutien économique à la Biélorussie démocratique, convenu en octobre (EUROPE 12579/1). « Nous attendons encore que la Commission présente le document. Le 7 février est le jour de la solidarité avec la Biélorussie, ce serait le moment parfait, pour la symbolique », a-t-il estimé. Selon M. Meredith, la Commission « travaille dur pour finaliser le plan ».
Pour Mme Tikhanovskaïa, il est également important que soit mis en place un organisme d’enquête de haut niveau et d’établir un processus de collecte des preuves de violence et de répression. Elle a été soutenue par M. Przydacz, qui a appelé à la création d’un mécanisme de reddition des comptes.
De son côté, le ministre lituanien Gabrielius Landsbergis a annoncé que des procureurs de son pays examinaient des affaires en Biélorussie, appelant d’autres pays européens à faire de même. (Camille-Cerise Gessant)