La Commission a fait le point, mercredi 27 janvier, devant les membres de la commission des libertés civiles du Parlement européen, sur la situation des îles grecques et sur la préparation du nouveau centre d’accueil destiné à remplacer le camp de Moria, qui avait brûlé en septembre.
Beate Gminder, qui dirige le groupe de travail spécialisé de la Commission, a livré un bilan relativement positif de la situation dans les camps des îles grecques, du moins en termes de surpopulation. Avec 16 850 personnes ayant été transférées vers le continent en 2020, certains camps ont retrouvé une capacité d’accueil suffisante pour la population sur place, notamment à Lesbos, où il y a désormais plus de places que de personnes devant être accueillies.
La surpopulation continue toutefois d’être une grande préoccupation à Chios et Samos, a dit la responsable, et il faut absolument continuer à désengorger les camps des îles grecques.
Il y a au total 17 005 résidents dans les centres d’accueil des îles et 64 000 personnes au total dans les centres du pays, dont plus de 10 000 ont le statut de réfugié.
Des relocalisations ont aussi eu lieu depuis les îles grecques vers les pays membres, « surtout vers la France, l’Allemagne ou le Portugal ». Sur plus de 5 000 promesses de relocalisations faites par les États membres, 2 269 ont été effectuées, dont la relocalisation de 586 mineurs non accompagnés.
La Commission va continuer d’encourager ces relocalisations qui « aident beaucoup le système grec ».
La responsable a aussi salué les efforts du gouvernement, qui a mis en place en janvier un fonctionnaire chargé spécifiquement de la prise en charge des mineurs. Elle a néanmoins dû concéder que beaucoup de personnes restaient encore dans des camps temporaires aux infrastructures fragiles. Ainsi, à Lesbos, 6 741 personnes habitent dans le centre provisoire de Mavrovouni et 1 050 à Kara Tepe, qui doit remplacer Moria et qui a d'ailleurs été frappé par des intempéries au début janvier, montrant les limites de cet accueil.
Les camps à Lesbos sont aussi confrontés à un problème de contamination au plomb dans les sols.
La députée socialiste néerlandaise Kati Piri ne comprend pas « pourquoi, 4 mois après Moria, les gens continuent de vivre dans ces centres temporaires ». Elle se demande aussi pourquoi des personnes ayant obtenu le statut de réfugié continuent aussi de vivre dans ces camps.
Son collègue allemand de Renew Europe Jan-Christoph Oetjen s’est posé la même question. « Pourquoi le gouvernement grec n’est-il pas en mesure de les loger sur le continent ? » et « pourquoi les pays membres ne peuvent-ils faire plus d’offres de relocalisations ? »
La « Grèce viole depuis un moment les droits fondamentaux et refoule les petites embarcations ; alors, comment faire confiance et se dire que les personnes qui arrivent dans les camps sont bien traitées ? », a dit pour sa part Erik Marquardt (Verts/ALE, allemand).
« Concernant Lesbos, c’est un camp temporaire ; il a été construit à la hâte et l’objectif n’était pas de le construire là. Il y aura un centre d’accueil à la hauteur sur l’île », a déclaré Beate Gminder.
« La situation est loin d’être parfaite, mais, au moins, les gens ont accès à la nourriture et à des douches ; ce n’est pas le cas dans toutes les îles », a-t-elle dit en faisant référence aux travaux d’imperméabilisation des tentes entamés fin 2020.
La Commission, les différentes agences européennes et les autorités grecques ont signé, fin 2020, un mémorandum pour bâtir le nouveau centre de l‘île, qui « devra répondre à toutes les normes européennes » et accueillir dignement ses résidents, a assuré Mme Gminder. Mais il devra aussi commencer à appliquer les règles du 'Pacte Asile et migration' et permettre de mieux distinguer les personnes ayant besoin de l’asile et celles qui devront faire l’objet d’une procédure de retour. (Solenn Paulic)