Le Parlement européen, réuni en session plénière, a abordé, mardi 24 novembre, dans une ambiance particulièrement électrique, la question des droits fondamentaux dans l’UE. Un projet de rapport porté par Clare Daly (GUE/NGL, irlandaise), dressant un état des lieux de la situation en la matière pour les années 2018 et 2019, sera en effet mis aux voix ce mercredi 25 novembre. Il pourrait rencontrer une certaine résistance.
Les eurodéputés y condamnent, entre autres, la remise en question des droits des femmes, en particulier sexuels et reproductifs, ainsi que les pratiques de certains États compromettant la protection des droits fondamentaux des réfugiés, des demandeurs d’asile et des migrants « sur terre et en mer ».
L’augmentation des violences et des menaces à l'encontre de journalistes, les restrictions d’accès au financement des organisations de la société civile et les actes d'intimidation observés à leur encontre font également l’objet de condamnations fermes.
Mme Daly a en outre dénoncé un manque de prise en considération des droits fondamentaux dans les priorités économiques et politiques de l’UE et des États membres.
Accusation de censure
Ce projet de rapport, a-t-elle assuré, a fait l’objet de 600 amendements « compliqués et contradictoires ». Les coordinateurs des groupes politiques se sont en effet montrés particulièrement divisés.
Outre les oppositions au texte manifestées par les groupes ID et CRE – ce dernier considérant le rapport comme un « manifeste de gauche » –, plusieurs voix se sont élevées contre ce rapport, allant jusqu’à dénoncer une « censure ».
Mme Daly elle-même a assuré qu’elle n’hésiterait pas à voter contre son rapport, regrettant que les groupes politiques ne soient pas parvenus à se mettre d’accord pour « dénoncer les abus et nommer les pays ».
Faisant notamment référence à la Catalogne, elle a dénoncé l’« absurdité » d’un rapport sur les droits fondamentaux « dans lequel nous ne sommes pas autorisés à mentionner un pays, pas même dans une note de bas de page ».
La coordinatrice des Verts/ALE, Diana Riba i Giner, membre de la Gauche républicaine de Catalogne, a également indiqué que, si son groupe pouvait s’accommoder du texte, il demeurait préoccupé.
« Les grands groupes continuent de bloquer la mention de certains États membres dans ce rapport », a-t-elle à son tour dénoncé, évoquant la suppression, « du jour au lendemain », de la note explicative dans laquelle les violences policières en Catalogne étaient évoquées.
« Lorsque nous négocions un rapport important comme celui-ci, il est de la plus haute importance que nous pesions chaque mot, que nous vérifiions tous les faits et que nous ne choisissions pas ce qu'il faut inclure en raison d'intérêts politiques », a souligné quant à elle Evin Incir (S&D, suédoise) à l’adresse de Mme Daly.
Karlo Ressler (PPE, croate) a estimé pour sa part que faire des droits fondamentaux un sujet de division risquait de « saper l'importance des systèmes de protection des droits de l'homme ».
Consulter le projet de rapport : https://bit.ly/2IWcfOQ (Agathe Cherki)