La Commission veut que les personnes migrantes en situation régulière, réfugiées ou arrivées par d’autres voies légales dans l’UE, se sentent bienvenues et totalement insérées dans l'État membre qui les accueille, en particulier en ce qui concerne l’emploi, l’éducation, les services sociaux ou les logements.
Elle a présenté un plan d’action en ce sens, mardi 24 novembre, qui doit remédier en 7 ans aux lacunes observées dans chacun de ces domaines.
Il y a « 34 millions de personnes migrantes dans l’UE, nées hors UE, soit 8 % de la population européenne ; ils ne sont donc pas ‘eux’ mais ils sont ‘nous’ », a dit la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson. Et il est important « qu’ils ne se sentent pas rejetés ».
Soixante actions ont été préparées par ses services et ceux du vice-président à la Promotion du mode de vie européen, Margarítis Schinás, lequel a, lui aussi, souligné le 24 novembre qu’une société inclusive est l’un des piliers du fameux mode de vie européen, qui avait fait polémique lors de la constitution de la Commission von der Leyen.
La Commission veut notamment s’appuyer sur le niveau local et associatif, favoriser l’insertion par des cours de langues, qui devraient être, par exemple, adaptés aux contraintes des femmes migrantes encore allaitantes. « C’est ce qui se fait en Suède », a dit la commissaire, qui est originaire de ce pays.
Il faut aussi promouvoir des logements inclusifs « non ségrégés » et permettre davantage l’accès des migrants aux logements sociaux, dit la Commission, dont le plan ne prévoit toutefois pas de demandes contraignantes.
Pour l’accès à l’emploi, il faut aussi renforcer la reconnaissance des qualifications professionnelles et des diplômes obtenus par les migrants. La commissaire a souligné que beaucoup de migrants surqualifiés (qui représentent 1/4 des 34 millions de personnes) occupent des postes ne correspondant pas à leurs titres. Elle a aussi évoqué à ce propos la nécessaire dimension de genre dans ce plan d’action, les femmes migrantes subissant davantage les discriminations.
C’est particulièrement vrai dans l’accès à la santé, les femmes pouvant maîtriser moins bien la langue du pays et, donc, ne pas disposer des informations nécessaires, a encore dit la commissaire.
Le plan d’action mettra le fonds 'Asile et Migration' à disposition de ces actions d’inclusion dans des proportions plus élevées que la stratégie précédente, la Commission n'ayant toutefois pas évoqué de budget spécifique. Elle appelle aussi à utiliser les autres ressources comme les fonds structurels ou ceux d’Erasmus +.
La Commission constate dans son plan d’action qu’actuellement, la part de personnes avec un plus faible niveau d’éducation est plus grande chez les personnes migrantes (38,5% chez les migrants de 25-64 ans contre 19,6% chez les natifs, d’après des chiffres de 2019).
L’écart se voit aussi dans l'emploi, avec un taux d’emploi de 64,2% dans la tranche 20-64 ans contre 73,9% pour la même catégorie de natifs, les taux étant encore plus faibles chez les migrantes.
Le risque de pauvreté et d’exclusion sociale concerne par ailleurs davantage les personnes migrantes que les natifs de l’UE, avec un risque à 39,9% contre 19,5% chez les natifs.
Pacte migratoire
Alors que la migration, irrégulière ou régulière, reste un sujet sensible pour les États membres, la Commission considère que ces actions sur l’inclusion des migrants dans les sociétés européennes ont la possibilité d’influer positivement sur les discussions sur le 'Pacte asile et migration', a encore considéré Margarítis Schinás.
Déplacement au Maroc
Interrogée sur la situation de l’Espagne et des îles Canaries, la commissaire a salué les efforts de Madrid pour loger des milliers de migrants arrivés ces dernières semaines aux Canaries. L’Espagne a d’ailleurs sollicité des fonds européens pour soutenir ces efforts de logement, a-t-elle dit. La commissaire a par ailleurs indiqué qu'elle se rendra au Maroc la semaine prochaine pour parler d’immigration irrégulière. Les deux responsables ont en revanche refusé de commenter les images de l’évacuation accompagnée de violences d’un camp de migrants par la police française, lundi 23 novembre à Paris.
Lien vers le plan d’action : https://bit.ly/339IqRy (Solenn Paulic)