Les ministres des Finances de la zone euro feront le point, mardi 3 novembre, sur l'impact économique et financier de la Covid-19 alors que de nombreux États membres adoptent à nouveau des restrictions sanitaires fortes pour tenter d'endiguer la deuxième vague pandémique.
La situation est marquée par une « incertitude extrême », puisque de nouvelles mesures sont annoncées pratiquement tous les jours, a constaté cette source européenne, jeudi 29 octobre. Concernant la conjoncture économique, « nous savons tous quelle en sera la direction », a-t-il ajouté.
La Commission européenne, qui présentera jeudi 5 novembre ses prévisions économiques d'hiver, a tablé au printemps sur une récession de -8,7% du PIB dans la zone euro en 2020 sur la base d'une forte reprise économique au deuxième semestre.
Il est déjà acté que la suspension du Pacte de stabilité et de croissance se poursuivra en 2021 afin de permettre aux États membres d'engager les dépenses pour faire face à la pandémie (EUROPE 12574/6). « Une chose est claire » pour les Dix-neuf : quelle que soit la date de retrait des mesures de soutien budgétaire, « cela ne devra pas engendrer une rupture brutale » ('cliff-edge effect'), a poursuivi cette source.
L'heure n'est toutefois pas à s'interroger sur l'opportunité d'accroître la réponse budgétaire européenne de 750 milliards d'euros dédiée à la relance économique. Il convient de finaliser les négociations interinstitutionnelles en cours sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027 et le Plan de relance européen Next Generation EU (voir autre nouvelle).
« Il n'y a rien sur la table », a dit cette source, interrogée sur des discussions relatives à d'éventuelles nouvelles mesures au niveau européen.
Elle a rappelé que les trois filets de sécurité européens pour les États (ligne de crédit du Mécanisme européen de stabilité), les travailleurs en chômage partiel (instrument SURE) et les entreprises (fonds de garantie paneuropéen de la BEI) étaient opérationnels, les deux derniers ayant déjà été mobilisés.
Union bancaire. Dans un format à vingt-et-un pays (les Dix-neuf plus la Bulgarie et la Croatie), les ministres auront aussi un échange de vues sur l'impact de la pandémie sur l'union bancaire en présence des présidents des Conseils de supervision (SSM) et de résolution (SRM) uniques.
Avec une crise économique aigüe qui se prolongera tant que la pandémie ne sera pas vaincue, il sera question de l'accumulation prévisible des prêts bancaires non performants ('non performing loans' ou NPL) dans les bilans des établissements bancaires et aussi de l'état de préparation du secteur bancaire à la fin de la période de transition post-Brexit.
Mais, à l'heure actuelle, « il n'y a pas de discussion politique active » sur l'opportunité de créer une 'bad bank' européenne pour éponger le stock de NPL, selon cette source, en référence aux récentes propositions d'Andrea Enria, le président du Conseil de supervision unique (EUROPE 12590/16).
Enfin, à la question de l'impact de l'augmentation du stock de NPL sur l'introduction anticipée du filet de sauvetage ('backstop') pour le Fonds de résolution unique (SRF), cette source a fait état d'un accord majoritaire des États membres pour considérer que les prêts non performants hérités de la crise financière de 2008 et les NPL liés à la pandémie de Covid-19 devaient être pris en compte différemment.
Euro numérique. Sur la base d'un rapport de la BCE (EUROPE 12581/21), l'Eurogroupe tiendra une première discussion stratégique sur les mérites et les exigences relatives à l'éventuelle introduction d'un euro numérique.
Un euro numérique serait « bien plus qu'un moyen de paiement supplémentaire », a relevé cette source, faisant état d'enjeux liés à la souveraineté, à la lutte contre le blanchiment d'argent et à la protection des données. (Mathieu Bion)