Les affaires étrangères seront à l’honneur de la première session et du dîner du Conseil européen extraordinaire qui se réunira à Bruxelles les 1er et 2 octobre.
Les chefs d’État ou de gouvernement consacreront ainsi leur dîner à la situation en Méditerranée orientale et aux relations entre l’UE et la Turquie.
Si elles ont toujours été complexes et multiples – politique étrangère de la Turquie, y compris au Haut-Karabakh et en Libye, migration, État de droit, conflits territoriaux en Méditerranée, les relations bilatérales entre l'UE et Ankara se sont détériorées pendant l’été. Depuis, la Turquie et la Grèce ont annoncé des pourparlers exploratoires concernant la Méditerranée orientale (EUROPE 12566/14), mais des bateaux de forages turcs sont toujours postés dans la zone économique exclusive chypriote.
« Notre objectif est de créer un espace pour un dialogue constructif avec la Turquie afin de parvenir à la stabilité et à la sécurité dans toute la région et d'assurer le plein respect de la souveraineté et des droits souverains de tous les États membres de l'UE », explique le président du Conseil européen, Charles Michel, dans sa lettre d’invitation adressée aux dirigeants européens mardi 29 septembre au soir.
Mais un tel dialogue ne sera possible que si la Turquie s'engage de manière constructive, ajoute-t-il. Avant de rappeler que « toutes les options restent sur la table pour défendre les intérêts légitimes de l'UE et de ses États membres » (EUROPE 12554/16).
Selon un diplomate, l’UE ne peut pas rester dans une spirale négative avec la Turquie. « Il faut trouver un équilibre entre des propositions de notre part et une amélioration durable et vérifiable de la part » des Turcs, a-t-il résumé.
Pour un autre diplomate, s’il y a une « volonté unanime » de (re)trouver des relations assainies avec Ankara, cela suppose que certaines conditions soient réunies, la première étant le respect de la souveraineté des États membres. Soulignant les efforts de la Turquie envers la Grèce, ce diplomate a expliqué que les Européens devaient trouver les moyens, les « incitations », le « bon message » à envoyer à la Turquie pour qu’elle fasse de même vis-à-vis de Chypre.
Le sommet européen ne devrait pas être l’occasion de s'accorder sur des mesures restrictives envers Ankara, mais les Vingt-sept pourraient rappeler que les mesures présentées fin août par le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, existent. « Et, si nécessaire, elles sont disponibles pour pouvoir défendre nos intérêts », selon un diplomate (EUROPE 12548/1). L’objectif de la discussion sera, d'après lui, de trouver les moyens d’assurer Chypre de la solidarité européenne et de faire en sorte que la Turquie retire ses bateaux de sa zone économique exclusive.
La solidarité des États membres envers Nicosie sera donc un axe important de la discussion. « Chypre demande des sanctions (à l’encontre de la Turquie), mais aussi de la solidarité (de la part des Européens), que ses droits, ses aspirations soient pris en compte. C'est de cela que va débattre au fond le Conseil européen», a estimé une source de l’Élysée.
Biélorussie. Et une solidarité active pourrait permettre de lever le veto chypriote sur des sanctions à l’encontre de la Biélorussie, autre sujet de discussion du Conseil européen.
« Ce pays est membre du Partenariat oriental, avec qui l’UE a l’ambition de construire une relation », a rappelé un diplomate européen, ajoutant que l’UE ne pouvait pas rester silencieuse face à la situation sur place. Les dirigeants avaient déjà discuté de la Biélorussie lors d’un sommet extraordinaire le 19 août (EUROPE 12544/9).
En cas de consensus des Vingt-sept, le Conseil européen pourrait donner le signal politique pour permettre au Conseil de l'UE de finaliser l’adoption de sanctions dans les prochains jours. Le 19 août, les dirigeants européens s’étaient engagés à prendre de telles mesures.
Les chefs d'État ou de gouvernement pourraient également discuter de la pertinence d’inscrire, ou non, le président Alexandre Loukachenko sur la liste de sanctions, comme l’ont déjà fait les pays baltes et le Royaume-Uni.
Si, selon un diplomate, les ministres européens des Affaires étrangères se sont prononcés plutôt en faveur de cette inscription, plusieurs États membres, dont la Suède, qui va prendre la présidence de l’OSCE, auraient encore des réserves (EUROPE 12564/1).
Chine. Lors de leur première session de travail, le président du Conseil européen devrait informer les dirigeants sur le sommet UE/Chine, qui s'est tenu par visioconférence le 14 septembre (EUROPE 12559/1), avant d'engager un rapide débat sur les relations bilatérales.
« Nous voulons travailler avec la Chine pour relever les grands défis mondiaux tels que la pandémie de Covid-19 et le changement climatique. Nous voulons également insister sur une relation économique plus équilibrée et réciproque, garantissant des conditions de concurrence équitables. Et nous continuerons à promouvoir nos valeurs et nos normes », précise M. Michel dans sa lettre d’invitation.
Les relations avec la Chine sont une des priorités de la Présidence allemande du Conseil de l’UE.
Russie. Les dirigeants devraient aussi revenir rapidement sur l’empoisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny (EUROPE 12556/2), rappelant leur condamnation de cet empoisonnement ou encore la nécessité que la Russie coopère avec l’OIAC.
Haut-Karabakh. Enfin, alors que le président du Conseil européen s’est entretenu avec le président azerbaïdjanais et le Premier ministre arménien, mercredi 30 septembre, l’escalade des tensions au Haut-Karabakh devrait être abordée (EUROPE 12569/15). Les dirigeants devraient appeler à un cessez-le-feu immédiat au Haut-Karabakh, à la reprise du dialogue et demander que toute interférence étrangère soit écartée.
Selon une source européenne, des conclusions pourraient être adoptées sur les Affaires étrangères à l’issue de la session de travail. (Camille-Cerise Gessant, avec la rédaction)