La Commission européenne a officiellement présenté, jeudi 28 mai, les détails de son nouveau programme pour la santé baptisé EU4Health (EUROPE 12494/5). À cette occasion, le vice-président Margaritis Schinas et la commissaire Stella Kyriakides ont souligné qu'ils travaillaient à « traité constant », n'excluant pas de revoir cette approche à l'avenir.
« Le nouveau programme EU4Health sera un grand facteur de changement (game changer), un changement de paradigme et une réponse aux citoyens qui demandent que la santé soit une priorité », a déclaré la commissaire Stella Kyriakides.
Une enveloppe assez ambitieuse ?
Avec un budget de 9,4 milliards d'euros, ce programme représente une augmentation de 2 000% des fonds actuellement dédiés à la santé, a-t-elle indiqué. Cela sera-t-il suffisant pour répondre aux besoins ? À cette question, le vice-président Schinas a affirmé que EU4Health ne serait pas la seule enveloppe budgétaire, citant aussi les fonds structurels, les fonds de cohésion ou encore Horizon Europe. Il a aussi ajouté que cet argent serait affecté en fonction des priorités, des besoins et des objectifs de chaque État membre. « Il n'y a pas de préattribution entre les États membres. Un programme annuel sera élaboré et fera l’objet de discussions avec les États », a poursuivi Mme Kyriakides.
Renforcement des agences de l'UE
Les deux commissaires ont également mis en avant leur intention de renforcer le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l'Agence européenne des médicaments (EMA). Par contre, ils ont botté en touche sur la possibilité de créer une haute autorité en matière de recherche et développement comme la Barda américaine (Biomedical Advanced Research and Development Authority), qui a largement investi dans la recherche d'un vaccin contre le Covid-19.
« Nous, la Commission, l'UE, avons des instruments et des moyens financiers. Non seulement pour soutenir les projets les plus aboutis pour le développement d'un vaccin (avec les ressources d'Horizon 2020). Mais aussi pour acheter des vaccins lorsque le moment sera venu, à travers l'instrument de soutien d'urgence (et donc indépendamment d'EU4Health), pour s'assurer que tout le monde ait un accès équitable et abordable auxdits vaccins », a répondu M. Schinas.
Un changement de traité ?
Interrogés sur les propositions franco-allemandes, les deux représentants de la Commission ont exprimé leur soutien à une véritable 'Europe de la Santé', qui devrait, selon eux, faire l'objet de discussions dans le cadre de la Conférence sur l'avenir de l'Europe. « Les enseignements de la crise seront abordés lors de cette conférence et le domaine de la santé figurera parmi les premiers points à l'ordre du jour. C'est prématuré de parler de modification des traités. C'est aux leaders politiques, pas à nous, de nous y aventurer », a déclaré M. Schinas.
Sur la question spécifique de l'absence de critères d'harmonisation au niveau épidémiologique, qui pose tant problème à l'UE pour comptabiliser ses cas et permettre des comparaisons entre pays, la commissaire Kyriakides a rappelé, sans grande conviction, que la Commission avait déjà publié plusieurs séries de lignes directrices, sur base des évaluations de l'ECDC. Mais « renforcer la surveillance des données et leur collecte, ça fait partie des grands enseignements que nous devrons tirer », a-t-elle poursuivi. (Sophie Petitjean)