Alors que la Commission européenne a choisi de repousser sa feuille de route sur la levée des mesures de restriction pour répondre à la demande de certains États membres, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a publié, mercredi 8 avril, sa 8e évaluation des risques du Covid-19, dans laquelle il juge « prématuré » d'assouplir les mesures en vigueur.
Le comité consultatif scientifique, quant à lui, lors de sa dernière réunion, le 5 avril, a évoqué des critères, mais n'a pas été beaucoup plus loin, selon un compte-rendu publié trois jours après.
Après des annonces similaires faites par l'Autriche, le Danemark et la République tchèque en début de semaine, la Pologne a annoncé, jeudi 9 avril, sans plus de détails, envisager d'« assouplir certaines restrictions (...) après Pâques » (EUROPE 12464/5).
Évaluation de l'ECDC : le pic n'a pas encore été atteint
Le Centre de prévention et de contrôle des maladies a livré une nouvelle analyse des risques liés au Covid-19. Selon lui, malgré des signes encourageants en Italie et en Autriche, où le nombre de décès est en baisse, « rien n'indique actuellement, au niveau de l'Union européenne et de l'Espace économique européen, que le pic de l'épidémie a été atteint ». Et de poursuivre : « Les estimations actuelles suggèrent qu'aucun pays de l'UE/EEE n'est proche d'atteindre le seuil de protection de la population nécessaire, ce qui signifie qu'une transmission durable du virus est à prévoir, si les interventions actuelles sont levées trop rapidement ».
Dans ce contexte, l'agence de l'UE note qu'« il est actuellement trop tôt pour commencer à lever toutes les mesures de distanciation communautaire et physique ». D'autant que les données récoltées doivent être analysées avec un certain recul : une infection signalée à un moment donné ne témoigne que des mesures prises environ une semaine plus tôt, tandis qu'un décès signalé reflète la situation épidémiologique et les mesures en place 2 à 3 semaines plus tôt. « Ce délai complique l'évaluation de l'impact des mesures et peut présenter un défi particulier lors de la communication au public de la nécessité de maintenir les restrictions et mesures actuelles », note l'ECDC.
Et de conclure : en l'absence de vaccin, des mesures physiques de distanciation devront donc rester en place pendant au moins quelques mois, afin de garantir que la demande de soins de santé ne dépasse pas la disponibilité. « Avant d'envisager la levée des mesures, les États membres devraient veiller à ce que des systèmes améliorés de dépistage et de surveillance de la population et en milieu hospitalier soient en place pour informer et surveiller les stratégies d'intensification/dé-intensification et évaluer les conséquences épidémiologiques ». L'ECDC souligne que la solidarité et la coordination entre les États membres resteront essentielles dans la phase d'assouplissement afin d’augmenter l’effet des mesures prises et de minimiser le risque de propagation de l’infection entre les pays s’ils se désamorcent à des rythmes différents et de différentes manières.
Des critères épidémiologiques et opérationnels, selon le comité consultatif
Le comité consultatif scientifique, composé de 8 experts censés conseiller la Commission face à cette crise, n'a pas encore vraiment pris de position sur le calendrier de sortie de crise. Lors de sa réunion du 5 avril, il s'est contenté d'appeler à prendre en compte une série de critères au moment d'envisager la levée des mesures de restriction. Le compte-rendu de la réunion parle de critères épidémiologiques, comme la capacité des unités de soins intensifs, et de critères opérationnels, comme les stratégies et les capacités de test (diagnostiques et sérologiques) et la capacité de retracer les contacts (y compris la possible utilisation d'applications).
Les experts insistent sur l'importance de communiquer clairement vis-à-vis du public pour lui faire comprendre que la phase qui suivra la levée des mesures n'équivaudra pas à un retour à la normale. « Le virus fait maintenant partie de nos vies et nous devons nous y adapter », indique le document.
L'ECDC relève le niveau de risques de saturation des hôpitaux
L'évaluation des risques de l'ECDC est plus large que la seule question des stratégies de sortie. Si le centre garde les principaux marqueurs au même stade, il relève d'un niveau celui relatif au risque de saturation. Il considère maintenant « élevé » le risque de dépassement des capacités des systèmes de santé et de protection sociale dans l'UE/EEE et au Royaume-Uni au cours des prochaines semaines avec des mesures d'atténuation en place et « très élevé » si des mesures d'atténuation suffisantes ne sont pas en place. Auparavant, il parlait seulement d'un risque « haut ».
Selon l'ECDC, la pression sur les systèmes de santé et de soins sociaux et les travailleurs de la santé se poursuit avec des pénuries signalées en laboratoires et en capacités de test, en équipements de protection individuelle et en capacités de soins de santé (y compris les respirateurs dans les unités de soins intensifs et les capacités en personnel de santé). Le personnel de santé est particulièrement vulnérable dans cette crise : dans plusieurs pays de l'UE/EEE dont les données sont disponibles, entre 9% et 26% de tous les cas de Covid-19 diagnostiqués concernent des professionnels de la santé.
Pour le reste, les données récentes récoltées dans l'UE/EEE montrent que 32% des cas diagnostiqués ont dû être hospitalisés et que 2,4% ont souffert d'une maladie grave nécessitant une assistance respiratoire et/ou un respirateur. Le taux de mortalité brut était de 1,5% parmi les cas diagnostiqués et de 11% parmi les cas hospitalisés.
L'ECDC conclut : dans la situation actuelle, il convient de continuer à mettre l'accent sur des stratégies globales de dépistage et de surveillance (y compris la recherche des contacts), des mesures communautaires (y compris l'éloignement physique), le renforcement des systèmes de santé et l'information du public et de la communauté de la santé.
Document du comité scientifique : https://bit.ly/3c8fTxF et analyse de l'ECDC : https://bit.ly/2JRuXDT (Sophie Petitjean)