L'ancien Premier ministre italien Mario Monti et l'ancien directeur général de l'OMC, le Français Pascal Lamy, ont plaidé, jeudi 9 avril, pour l'émission conjointe de dette au niveau européen afin de relancer l'économie paralysée par la pandémie de Covid-19, alors que l'Eurogroupe était à nouveau convoqué pour compléter l'arsenal budgétaire et financier anti-crise de l'Union européenne.
M. Monti est signataire d'un appel de personnalités allemandes et italiennes favorables à l'émission d'obligations européennes ('European health bonds') afin de partager le fardeau budgétaire lié aux dépenses de santé et à la relance de l'économie (EUROPE 12460/22). « Ces obligations ne verront probablement pas le jour maintenant », mais « dans le futur », une fois que l'opinion publique de certains pays sera convaincue, a estimé l'ancien commissaire européen à la Concurrence, lors d'un débat en ligne organisé par Friends of Europe.
« L'histoire se répète », a constaté M. Monti, évoquant la même opposition de pays comme « l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Autriche et la Finlande », qui, comme en 2012 lors de la crise de la dette souveraine, rechignent à faire le pas vers plus d'union budgétaire au niveau européen.
Selon lui, le gouvernement italien serait « malavisé » de refuser d'activer les lignes de crédit du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage permanent de la zone euro, si les conditions assorties sont « très légères » et ne prévoient pas un suivi de la 'troïka'.
M. Lamy a placé la pandémie de Covid-19 au rang des événements qui changent le monde, comme l'attaque des tours jumelles new-yorkaises « le 11 septembre 2001 » ou « la chute du Mur de Berlin ». Évoquant l'enveloppe budgétaire de 1 500 milliards d'euros avancée par la BCE pour affronter la crise socioéconomique, il a considéré qu'une « opération conjointe énergique » était la seule à même d'être à la hauteur de l'enjeu.
« Je suis en faveur de 'coronabonds' » en tant qu'initiative extraordinaire et temporaire, a affirmé l'ancien commissaire européen au Commerce, établissant une différence avec les euro-obligations, expression taboue en Allemagne et aux Pays-Bas. Allant plus loin que M. Monti, il a estimé que cette émission commune de titres de dette au niveau européen pouvait se faire sans l'Allemagne, dans un premier temps.
Dans une interview accordée au journal Le Parisien, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a en revanche conseillé de ne pas faire une fixation sur les 'coronabonds'. « Une forme de mutualisation de la dette existe déjà via le MES, la BEI ou les emprunts que peut contracter l'Union européenne », a-t-elle indiqué. Mais elle n'a pas écarté la création d'un « fonds de reconstruction ciblé sur une croissance plus verte et plus numérique ».
MM. Monti et Lamy ont aussi prôné une refonte de l'agenda stratégique de l'UE à la lumière des leçons à tirer sur la capacité des Vingt-sept à affronter la pandémie. Tous deux estiment que le budget de l'UE 2021-2027 devra être renforcé et encore plus orienté vers une reprise durable socialement et écologiquement. (Mathieu Bion)