Les ministres européens de la Santé ont tenté, jeudi 13 février, de répondre au double défi que pose la flambée du nouveau coronavirus 2019. Ils ont adopté des mesures communes de préparation et de gestion de la maladie, tout en veillant à ne pas créer la psychose, dans un contexte où ils n'ont ni les mêmes besoins ni les mêmes moyens.
Un exercice de communication difficile
Cette réunion extraordinaire avait été convoquée à la demande de l'Allemagne, de la France et de l'Italie où, respectivement, 16, 11 et 3 cas de coronavirus ont été répertoriés. Toutefois, au moment d'ouvrir la réunion, tous les ministres étaient d'accord pour ne pas créer de psychose. « Pour le moment, il n'y a pas beaucoup de cas de coronavirus en Europe. Mais il faut être sûr que tous les États membres ont pris les mesures nécessaires », a déclaré, à son arrivée, la ministre belge de la Santé, Maggie de Block.
Un constat confirmé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, qui rappellent que 99% des cas sont localisés en Chine. L'ECDC indique en outre qu'à l'heure actuelle, l'Union européenne est en capacité de mener « 8 000 diagnostics par semaine ». « Pour l’instant, l'épidémie est régionale, mais on ne peut pas affirmer que ça ne deviendra pas une pandémie », a souligné quant à lui le ministre allemand, dont le pays est le plus touché. L'Italie n'a pas non plus caché ses inquiétudes : « selon nos chiffres, 2 patients sur 5 ont besoin de soins intensifs (environ 10%) et d'une assistance respiratoire, ce qui pourrait mettre en difficulté les systèmes sanitaires », a déclaré le ministre italien de la Santé.
Est-ce que l'Europe est prête ? « Je préfère ne pas spéculer ; on voulait évaluer l’état de la situation, de la préparation. Je dirais que tous les États membres ont confirmé qu'un plan d’action était en place et que l’état de préparation est bon », a conclu la commissaire Stella Kyriakides en conférence de presse.
Pénuries redoutées de médicaments et d'équipements
Cette réunion a surtout été l'occasion pour la Commission d'annoncer son intention de lancer une procédure commune d'achat d'équipements de protection individuels, dont la demande est en hausse en ce moment et dont la moitié sont produits en Chine. Cette annonce a été accueillie positivement par l'Espagne, les Pays-Bas, le Portugal, le Luxembourg, la Lituanie, la Roumanie et la Slovaquie.
La discussion a également mis en lumière l'inquiétude des États membres quant à de potentielles perturbations de la chaîne d'approvisionnement de médicaments. La Chine est, là aussi, un producteur important de substances actives pour l'industrie pharmaceutique. Or, cette production risque de se tarir en raison du grand nombre de malades en Chine et des perturbations des transports. Selon le ministre autrichien, ces substances actives et les médicaments finis voyagent pendant 4 à 5 mois sur des porte-conteneurs, ce qui pourrait laisser présager des conséquences ultérieures. « L'Agence européenne des médicaments et les autorités nationales de santé sont en train d'évaluer la situation à propos des ingrédients pharmaceutiques actifs et des médicaments pour le marché européen. À l'heure actuelle, il semble que le coronavirus n'affecte pas la disponibilité des médicaments en Europe, mais nous devons rester vigilants », a commenté Stella Kyriakides.
Pas d'interruption des vols, mais des traçages accrus
Comme prévu, les États membres ont adopté des conclusions dans lesquelles ils reconnaissent que le nouveau virus, rebaptisé par l'OMS 'covid-19', représente une menace mondiale de santé publique en raison de son volume et de la fréquence des voyages internationaux.
Si les Vingt-sept n'ont pas cédé aux demandes de l'Italie, qui réclamait des restrictions de vols, ils ont toutefois durci leur position sur le traçage des voyageurs. « Lorsque cela se justifie, les voyageurs arrivant ou en transit depuis des zones infectées peuvent être invités à fournir des informations pour savoir s'ils ont été en contact avec des personnes de ces zones », spécifient les conclusions. Selon la Présidence croate du Conseil de l'UE, la notion de contact doit être entendue comme « des contacts étroits avec des personnes contaminées ».
Sur les restrictions de vols, les Vingt-sept ont affiché une position relativement unitaire. Toutefois, plusieurs pays, comme l'Estonie ou la République tchèque, se sont dits prêts à revoir leur position selon l'évolution de la maladie.
L'OMS prend la défense de la Chine
L'Organisation mondiale de la santé, de son côté, a présenté en téléconférence une rapide évaluation de la situation avant de se poser en défenseur de la Chine. C'est son chef du département des urgences sanitaires, Michael Ryan, qui a pris la parole (et non, comme nous l'indiquions hier, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus). Il a indiqué que la récente augmentation du nombre de cas en Chine était due à une nouvelle manière de compter (dans l'environnement clinique) et donc, à une meilleure surveillance. Il a parlé en outre, contrairement à beaucoup, d'un « signalement rapide » de la part des autorités chinoises.
La Commission européenne et la Présidence croate ont également indiqué « faire confiance à la Chine », soulignant d'ailleurs qu'un comité d’experts venait d'être créé avec la Chine pour un échange rapide d'informations. De son côté, Maggie de Block, s'est montrée plus sceptique : « Comment pensez-vous que je peux vérifier ça, pendant la nuit, en Chine ? Ce n'est pas évident ».
En guise de conclusion, l'OMS a appelé l'Europe a débloquer à l'avance (frontloaded funding) des fonds pour le développement d'un vaccin. L'Allemagne, les Pays-Bas, le Portugal et Malte s'y sont montrés favorables.
Voir les conclusions du Conseil:http://bit.ly/38DnjaQ (Sophie Petitjean)