Mardi 26 novembre, à la veille du vote du Parlement européen sur la Commission von der Leyen, les tendances se dégageaient au sein des groupes politiques concernant leur vote. Alors que le PPE, Renew Europe et le S&D devraient voter en faveur de la nouvelle Commission, les Verts/ALE devraient s’abstenir et les groupes GUE/NGL et Identité et Démocratie s'opposer.
Les députés se prononceront sur le Collège vers midi, à la majorité simple et par appel nominal. Les voix nécessaires à sa validation devraient être facilement réunies et la nouvelle Commission continuait, mardi 26 dans la soirée, à faire des concessions pour asseoir son avance, notamment envers le groupe Renew Europe.
Ainsi, selon deux sources européennes, le portefeuille du vice-président Margaritis Schinas, au-delà du changement de nom, qui est passé de « protéger le mode de vie européen » à « promouvoir le mode de vie européen » (EUROPE 12368/4), va être amendé. M. Schinas va s’occuper du dialogue avec les organisations religieuses. La coordination de l’Agenda pour l’égalité sera, elle, placée sous l’autorité de Věra Jourová, qui travaillera avec Helena Dalli, chargée de la question. Mme Jourová sera également chargée du dialogue avec les organisations de la société civile.
En outre, d’après l’eurodéputé Pascal Canfin (Renew Europe, français), un groupe de discussion sur les priorités de la Commission européenne a été mis en place entre les trois vice-présidents exécutifs et les trois groupes politiques qui ont voté majoritairement pour Ursula von der Leyen en juillet (EUROPE 12297/1), représentés chacun par deux membres. Selon le député, les échanges seraient quasi quotidiens. Les groupes travailleraient ainsi actuellement en étroite collaboration avec celle-ci sur la communication concernant le Green Deal européen, prévue pour le 11 décembre. Celle-ci inclura davantage de détails relatifs au Green Deal, tels qu’un calendrier plus précis et des indications quant aux financements. Le député a en outre précisé que le Green Deal comportera quatre dimensions : climat, biodiversité, ressources et santé.
Peu de surprises attendues de la part des groupes
Sans surprise, le PPE votera en faveur du Collège de commissaires que présidera Mme von der Leyen, issue elle-même du PPE. « Je suppose que, demain, il y aura un soutien clair pour Ursula von der Leyen et le Collège. Nous serons unis dans notre soutien à la Commission européenne », a annoncé le président du groupe PPE, Manfred Weber. Malgré ce soutien attendu, M. Weber a rappelé les priorités défendues par son groupe : le climat, les emplois et la numérisation. « Il faudra que les priorités du PPE soient respectées », a-t-il expliqué. Il a aussi mis en avant le renforcement des frontières extérieures, la défense européenne et la cybersécurité ou encore le plan contre le cancer.
À l’instar du PPE, le groupe Renew Europe devrait voter en faveur de la nouvelle Commission, car il considère qu’il existe une certaine « adéquation » entre l’agenda politique mis en avant par celle-ci et ses propres priorités. Selon le député français Stéphane Séjourné, l’important est maintenant de veiller à ce que le Collège des commissaires se conforme aux engagements pris par Mme von der Leyen et de conserver ainsi les acquis. Cependant, une source interne à Renew Europe a précisé à EUROPE que la décision définitive serait prise uniquement demain matin, lors de la pause organisée à l’issue du débat et avant le vote.
Bien que la position officielle du groupe S&D ne soit pas encore connue à l’heure où nous mettons sous presse, il est très probable qu'il soutienne la nouvelle Commission. S’adressant à la presse dans la matinée, la présidente du groupe, l'Espagnole Iratxe García Pérez s’est félicitée du fait que ce nouveau Collège sera la Commission la plus paritaire et, selon elle, la plus progressiste. Elle a estimé que les sociaux-démocrates avaient réussi à peser sur l’agenda politique de la future Commission au cours des six derniers mois et qu’avec neuf commissaires membres de leur famille politique, dont le premier vice-président chargé du Green Deal, Frans Timmermans, ils seront en mesure de piloter des sujets majeurs de la nouvelle Commission.
Cependant, des divisions existent au sein du groupe. Selon une source européenne, le groupe ne donnerait pas de consigne de vote à ses membres, mais ces derniers ne devraient pas aller jusqu’à voter contre la Commission. Alors que les délégations espagnole et allemande devraient, par exemple, approuver largement le Collège des commissaires, les cinq membres de la délégation française vont, quant à eux, s’abstenir pour des raisons extrêmement similaires à celles avancées par le groupe des Verts/ALE.
Ces derniers sont en effet convenus qu’ils ne peuvent ni approuver ni voter contre cette Commission, a dévoilé à la presse le coprésident des Verts/ALE, le Belge Philipe Lamberts. Or, contrairement au vote en juillet relatif à la nomination d’Ursula von der Leyen, s’abstenir n’équivaut cette fois pas à s’opposer, mais revient à être considéré comme absent. À l’instar de la délégation des sociaux-démocrates français, qui a qualifié son choix « d’abstention constructive », M. Lamberts a qualifié la position des Verts/ALE d'« abstention raisonnée ». Les écologistes estiment notamment qu’énormément de flou demeure concernant les politiques que compte mener la nouvelle Commission. En outre, les auditions des commissaires désignés au Commerce et à l’Agriculture, Phil Hogan et Janusz Wojciechowski (EUROPE 12339/7, 12339/4), ne les ont pas du tout convaincus. Enfin, tout en déplorant le fait que le terme « mode de vie européen » ait été conservé dans l’intitulé du portefeuille de Margaritis Schinas, les Verts/ALE ont réitéré leurs critiques envers les futurs commissaires français et hongrois, Thierry Breton et Olivér Várhelyi. Le premier en raison d’un potentiel manque d’indépendance au vu de ses activités passées et le second à cause du fait qu’il sera notamment chargé de faire respecter l’État de droit alors qu’il est lui-même très proche de Viktor Orbán.
Néanmoins, malgré ces éléments et le fait que les Verts/ALE ne comptent aucun futur commissaire, M. Lamberts a indiqué que l’engagement de Mme von der Leyen en faveur de l’environnement est encourageant. Par conséquent, voter contre reviendrait à considérer qu’elle « simule » avant même d’avoir pu examiner « la marchandise », une attitude que les écologistes refusent, a ajouté le député belge.
Du côté des groupes GUE/NGL et ID, ce sera non. « À ce stade, de manière unanime, on ne votera pas (en faveur de la Commission), pour des raisons démocratiques, éthiques ou de politiques qui ne servent pas les peuples et la planète », a résumé, devant la presse, la coprésidente de la GUE/NGL, Manon Aubry (française). Elle a dénoncé le fait que, sur certains sujets, la future Commission avait eu des réponses « globalement floues ». « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup », a-t-elle ajouté. « On rejette le programme de Mme von der Leyen, on pense qu’elle fait fausse route », a ajouté son coprésident, Martin Schirdewan (allemand).
Concernant l'opposition du groupe ID, une source a expliqué à EUROPE que, par principe, le groupe était contre l’existence d’une Commission et que celle-ci était partisane, avec des priorités inadaptées et qu’elle faisait preuve d’un aveuglement idéologique.
Enfin, le groupe CRE laisserait libre choix à ses membres, par manque de consensus au sein du groupe. (Damien Genicot et Camille-Cerise Gessant)