La Présidence finlandaise du Conseil de l'UE a annoncé, mardi 26 novembre à Strasbourg, devant les eurodéputés, qu’elle ne se faisait guère d'illusions « quant aux déceptions que suscitera notre proposition » sur le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE pour 2021-2027 (EUROPE 12372/2).
Lors d’un débat en plénière sur le prochain Conseil européen des 12 et 13 décembre prochains, la ministre finlandaise des Affaires européennes, Tytti Tuppurainen, a précisé que la Présidence finlandaise présentera un « cadre de négociation finalisé » contenant des chiffres « dans les prochains jours ».
Elle a estimé qu’il était « dans notre intérêt à tous de parvenir rapidement à un accord sur le prochain CFP, afin que nos citoyens, régions, agriculteurs, universités et autres bénéficiaires puissent poursuivre leur travail sans interruption ». Elle a rappelé que les positions individuelles sont très divergentes et qu’avec le départ du Royaume-Uni de l’UE, le statu quo n'est pas une option. « Nous devrons payer davantage (au budget de l’UE) et, malheureusement, certains devront recevoir moins », a-t-elle souligné. Même si le nouveau 'cadre de négociation' suscitera des déceptions, elle est d’avis que « notre proposition représente une voie équilibrée ».
Un coin du voile est levé. La Présidence finlandaise s'est engagée à donner aux nouveaux programmes « la plus grande part » des fonds communautaires, a expliqué la ministre. Toutefois, « nous notons l'importance de la politique de cohésion pour l'unité et le succès de l'Union, ainsi que la nécessité de consacrer des fonds suffisants à nos agriculteurs afin qu'ils puissent continuer à développer une agriculture durable », a ajouté Tytti Tuppurainen. La Présidence proposera aussi d'établir un lien entre la protection du budget de l'UE et le respect de l'État de droit. En outre, de nouvelles ressources propres devraient être décidées afin de diversifier le financement du budget de l'UE, selon elle.
Le Conseil européen donnera de nouvelles orientations sur la voie à suivre, en vue de parvenir à un accord final sur ce dossier.
Accord « au plus tard en février ». « Le temps presse, tout retard dans les négociations risque de compromettre la mise en œuvre en temps voulu des politiques de l’UE », a rappelé Frans Timmermans, au nom de la Commission européenne. Il a dit espérer que le Conseil européen de décembre donnera une « impulsion décisive » à ces négociations, « afin que nous puissions parvenir à un accord au plus tard en février 2020 ». Il a défendu la proposition de la Commission (1,11% du revenu national brut de l’UE à 27, baisse modérée des dépenses de cohésion et agricoles, accent sur les nouvelles priorités) et a prôné une suppression des rabais dont certains pays bénéficient.
« Le Conseil doit inspirer confiance, il faut progresser dès décembre » sur le prochain CFP, en vue d’une décision sous présidence croate, a déclaré Manfred Weber (PPE, allemand).
Selon Javier Moreno Sánchez (S&D, espagnol), il n’y a plus de temps à perdre. Il faut répondre aux nouveaux défis grâce à des financements à la hauteur de ces défis.
Dacian Cioloș (Renew Europe, roumain) a regretté que les discussions se soient focalisées jusqu’à présent sur « les plafonds des dépenses que les États membres voudraient bien allouer aux projets européens ». Mettons collectivement les moyens sur la table pour que l’Europe ne soit pas synonyme de dépenses supplémentaires, mais d’utilisation plus efficace des fonds publics, a dit M. Ciolos.
Ska Keller (Verts/ALE, allemande) s’est prononcée en faveur de nouvelles ressources propres qui protègent l’environnement, comme la taxe plastique.
Selon Manon Aubry (GUE/NGL, française), « il ne faut pas couper dans les budgets de la cohésion et de l’agriculture ». Elle a plaidé en faveur de « nouvelles taxes » sur le bilan écologique et social des produits importés, sur les transactions financières et sur les grandes entreprises multinationales « qui ne paient pas leur juste part d’impôts ». (Lionel Changeur)