Le Conseil européen d'octobre se penchera sur l’ouverture des négociations d’adhésion, en raison de l'échec des ministres des Affaires européens, mardi 15 octobre, à se mettre d’accord pour ouvrir les négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord.
Les ministres étaient pourtant convenus, en juin dernier (EUROPE 12277/6), de « parvenir à une décision claire et substantielle dès que possible et, au plus tard, en octobre 2019 ».
« À la lumière du débat du Conseil sur la République de Macédoine du Nord et l'Albanie, la Présidence note que le Conseil reviendra sur cette question après le Conseil européen », précise ainsi une déclaration de la Présidence finlandaise du Conseil de l'UE, publiée à l'issue du Conseil.
À sa sortie, la secrétaire d'État française Amélie de Montchalin a précisé que soit les dirigeants se mettraient d'accord, soit ils donneraient des instructions à leurs ministres.
Les yeux sont donc tournés vers le Conseil européen. Le commissaire aux Négociations d'élargissement, Johannes Hahn, visiblement très déçu, tout comme la ministre finlandaise, Tytti Tuppurainen, ont espéré que des résultats positifs seront toujours possibles cette semaine. « Les dirigeants vont avoir l'occasion de discuter du sujet dans un contexte plus large », a expliqué la ministre, précisant que la grande majorité des États membres était en faveur de ces ouvertures, qui nécessitent l'unanimité.
Elle a appelé les dirigeants à faire preuve de courage. « Ce qu'il faut c'est un signal positif, un feu vert » pour l'ouverture, que les dirigeants « rectifient » la non-décision de leurs ministres, a insisté M. Hahn, qui a précisé que « tout nouveau report endommagera notre crédibilité dans la région ». Selon lui, la réunion des ministres n'est pas « un moment de gloire ».
Le résultat du Conseil n'est pourtant pas une énorme surprise. Avant même le Conseil des Affaires générales, il semblait difficile d'ouvrir les négociations avec l'Albanie. Dès son arrivée au Conseil, le ministre néerlandais Stefan Blok avait laissé entendre que son pays s’opposerait à l’ouverture avec Tirana. « Davantage de travail doit être fait », avait-il prévenu, ajoutant que « l’Albanie n’(était) pas encore prête à commencer les négociations d’adhésion ». Le Parlement néerlandais s’était prononcé, en juin, contre l’ouverture. La France, le Danemark et l’Espagne étaient, selon une source, eux aussi opposés à cette ouverture.
Et la tentative de découplage proposée par la Présidence finlandaise du Conseil de l'UE - ouverture pour la Macédoine du Nord et non pour l’Albanie – « pour envoyer un signal positif à la région », selon la ministre finlandaise Tuppurainen, n'a pas non plus trouvé un écho positif. Certains pays, tels que l’Italie, sont contre un découplage.
Si à son arrivée au Conseil, Amélie de Montchalin avait expliqué ne pas être « dans une position de véto », c’est bien la France qui a bloqué la décision. À la sortie du Conseil, Mme de Montchalin a estimé que toutes les réformes demandées aux deux pays n'avaient pas été mises en œuvre et que ni son pays ni les Pays-Bas n'avaient demandé de nouvelles conditions. Elle a estimé que l'absence de consensus au niveau du Conseil était due au fait que les États membres n'abordent pas la question de la même façon.
Au-delà de l’ouverture des négociations, la France, soutenue par plusieurs États membres, veut un changement du processus d’adhésion, qui semble être préalable à toute avancée dans le processus en cours. « Nous avons dans la salle de nombreux pays qui soutiennent cette approche de réviser la négociation dans son organisation », avait estimé Mme de Montchalin à son arrivée, qualifiant le processus de « frustrant, lent pour les pays, qui ne crée pas forcément de la confiance dans les États membres, car c’est extrêmement dilué dans le temps ». (Camille-Cerise Gessant)