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Bulletin Quotidien Europe N° 12341
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN / DÉmocratie

Malgré une prestation laborieuse, Dubravka Šuica devrait devenir commissaire européenne

Rattrapée par certaines convictions personnelles et positions défendues en tant qu'eurodéputée, la commissaire désignée à la Démocratie et à la Démographie, Dubravka Šuica, a peiné à convaincre une majorité d'eurodéputés sur sa capacité à agir en toute impartialité au sein de la future Commission 'von der Leyen' et à mener une mission aux contours demeurant flous, jeudi 3 octobre, lors de son audition devant la commission des affaires constitutionnelles (AFCO) du Parlement européen.

La chrétienne-démocrate croate a estimé que le sentiment de déficit démocratique éprouvé par de nombreux citoyens européens pouvait être lié au changement démographique, surtout dans les campagnes, où la population vieillissante voit les jeunes émigrer et les services publics démantelés peu à peu.

Il faut « donner davantage la parole à ces Européens », notamment les jeunes, pour qu'ils soient en mesure de façonner l'avenir de leur Europe, a dit Mme Šuica, convaincue que le regain de participation aux élections européennes de mai témoigne d'un intérêt citoyen ravivé pour la res publica européenne.

La commissaire désignée aura pour responsabilité de piloter l'organisation de la Conférence sur l'avenir de l'Europe à partir de 2020 et pendant deux ans. Comme Mme Šuica l'a indiqué dans ses réponses écrites aux questions des députés (EUROPE 12338/8), la Commission présentera rapidement ses idées sur le champ de réflexion, le calendrier et la gouvernance de cette conférence promue par le président français, Emmanuel Macron.

Mais « nous devons travailler ensemble », a dit la Croate aux députés de la commission dans laquelle elle a siégé.

En réponse à des questions de Danuta Huebner (PPE, polonaise) sur l'organisation pratique de cet exercice, Mme Šuica a évoqué des thèmes de discussions liés aux six priorités politiques mises en avant par la présidente élue de la Commission, Ursula von der Leyen (EUROPE 12297/1). Un comité de pilotage sera coprésidé par elle-même, si elle est confirmée, et par un eurodéputé, même si l'ancienne maire de Dubrovnik n'a pas confirmé que Guy Verhofstadt (Renew Europe, belge) serait cette personnalité.

Pascal Durand (Renew Europe, français) et Damian Boeselager (Verts/ALE, allemand) lui ont demandé si les citoyens allaient jouer un rôle décisionnel. Sur ce point, la candidate est restée évasive, évoquant le processus des initiatives citoyennes. Mais les citoyens des pays candidats à l'adhésion à l'UE ne pourront pas participer, a-t-elle indiqué.

Quant à la réflexion sur le processus des candidats têtes de liste ('Spitzenkandidaten') et la création de listes transnationales, que Mme Šuica soutient, il reviendra à son homologue, Věra Jourová, de fournir des pistes d'ici à l'été 2020.

Richard Corbett (S&D, britannique) lui a ensuite demandé quelle serait sa réaction si des leaders européens répandaient des contre-vérités sur l'Europe dans le cadre de cette Conférence. Mme Šuica n'a pas nié les différences entre les déclarations de certains dirigeants politiques à Bruxelles et dans leur pays. Mais « je ne vois pas quels instruments pourraient nous aider. Si certains Premiers ministres le font, ils sont libres de dire ce qu'ils veulent », a-t-elle considéré. 

Attaques personnelles. Plusieurs députés ont pointé les convictions personnelles de la commissaire candidate, s'interrogeant sur la compatibilité de ces convictions avec la fonction à laquelle Mme Šuica prétend.

Vous avez voté contre l'ouverture par le Parlement de la procédure dite 'article 7' sur le respect de l'État en Hongrie, contre une transparence accrue sur les travaux du Conseil de l'UE et contre des règles plus strictes encadrant les lobbies, lui a lancé Daniel Freund (Verts/ALE, allemand).

« Je crois en l'État de droit » et il y a des infractions dans ce domaine, a-t-elle rétorqué. Mais elle a estimé que la Commission, en tant qu'« arbitre neutre », est plus à même que le PE d'initier ce genre de procédures d'ailleurs « bloquées » au Conseil.

Êtes-vous contre la théorie du grand remplacement promue par l'extrême droite et contre l'avortement? - a demandé Raphaël Glücksmann (S&D, français). « Je ne condamnerai personne. J'agirai en fonction des règles. J'ai toujours été pour l'immigration légale », a dit la commissaire désignée. Quant à l'avortement, « les convictions personnelles ne sont pas pertinentes » pour la fonction que j'occuperai, l'interruption de grossesse demeurant une compétence nationale.

Et votre opposition aux droits des personnes LGBTI ? - a questionné Chrysoula Zacharopoulou (Renew Europe, française). « S'il y a des discriminations, il faut les combattre », mais cela n'a rien à voir avec mes convictions, a-t-elle estimé. Mme Šuica a été plus précise pour défendre son action pour la ratification en Croatie de la Convention d'Istanbul contre les violences faites aux femmes.

Un eurodéputé allemand l'a interrogée sur l'origine de sa fortune personnelle. Malgré les protestations du président de la commission AFCO, Antonio Tajani, face à des questions déjà traitées par la commission des affaires juridiques, Mme Šuica a tenu à souligner que toutes les déclarations d'intérêts financiers qu'elle a rédigées dans sa carrière politique étaient « claires, transparentes et conformes aux règles ».

Outre M. Tajani, l'Espagnol Esteban González Pons, un autre ténor du groupe PPE, est monté au front : ceux qui attaquent les convictions de Mme Šuica attaquent en réalité les chrétiens-démocrates, parce que « Mme Šuica a toujours voté comme le PPE ».

Vieillissement démographique. Sur l'évolution démographique, la commissaire désignée a listé quelques mesures entrant dans ses attributions. Sera présenté rapidement un Livre vert sur le vieillissement de la population, qui crée des défis pour les dépenses de santé et de retraite, et des « opportunités » telles que la transmission du savoir. 

Mme Šuica entend agir spécifiquement contre la désertification de territoires ruraux. Les campagnes sont touchées par la fuite des cerveaux, les hôpitaux, les écoles et les lignes de bus ferment, a-t-elle déploré. Pour tenter d'inverser la tendance, elle emploiera la 'Garantie Jeunesse', travaillera sur la question de l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Elle lancera par ailleurs une 'Garantie Enfant' ('child guarantee') pour lutter contre la pauvreté infantile, qui touche « un quart » des enfants de l'UE.

C'est ce genre de politique en faveur de la famille ('family-friendly policy') que je veux mener, a souligné la chrétienne-démocrate. (Mathieu Bion)

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