Virginijus Sinkevičius, commissaire désigné à l'Environnement et aux Océans, a fait preuve d'une parfaite connaissance de sa lettre de mission et des enjeux de la durabilité, lors de son audition conjointe par les commissions de l'environnement et de la pêche du Parlement européen, jeudi 3 octobre, sans répondre toujours précisément aux questions des eurodéputés. Il a néanmoins été applaudi à l'issue de sa prestation en anglais.
Celui qui, il y a peu, était ministre de l'Économie et de l'Innovation de son pays, s'est montré déterminé à être l'artisan du Green Deal européen, « sous la direction de Frans Timmermans » et en collaboration avec le Collège des commissaires, a-t-il précisé à de nombreuses reprises, tant il est vrai, selon lui, que la protection de l'environnement, le développement de l'économie circulaire, celui de l'économie bleue sont interdépendants et complémentaires pour l'avenir de la planète, « la santé, le bien-être et la qualité de vie des citoyens », dont les pêcheurs.
« Pour moi l'Europe, c'est la liberté, l'équité, l'ouverture, mais aussi prendre ses responsabilités. Les manifestations pour le climat ont montré que les générations y et z sont prêtes à prendre leurs responsabilités. 2050 n'est pas un objectif sur un bout de papier, c'est quelque chose que nous allons devoir vivre. Mon premier objectif sera de concrétiser le Green Deal », a déclaré celui qui est « né après la chute du mur de Berlin ».
« J'espère qu'il y aura plus de commissaires de 28 ans à l'avenir, car nous avons besoin de toutes les générations. Nous attendons des réponses précises », avait indiqué Pascal Canfin (Renew Europe, français) à l'entame du débat.
Sur le front de la biodiversité, de l'objectif zéro pollution, de l'économie circulaire et des océans, il s'est présenté avant tout comme un homme de dialogue, partisan de la souplesse et de la bonne mise en œuvre de la législation de l'UE, sans s'avancer au-delà de ses réponses écrites (EUROPE 12338/5, 12337/3).
Biodiversité. M. Sinkevičius préparera la stratégie 2030 de l'UE en veillant à intégrer de nouvelles normes de biodiversité dans les politiques sectorielles pertinentes (Agriculture, Énergie, Transports) et défendra la position de l'UE à la conférence de l'ONU en Chine, l'an prochain, mais s'est gardé d'indiquer quel niveau d'ambition il vise. « Il y aura un objectif 2030, comme il y a eu un objectif pour 2010 et 2020 ».
À Pietro Fiocchi (CRE, italien) et Liudas Mazylis (PPE, lituanien), qui demandaient s'il fallait modifier la législation pour limiter les dégâts provoqués par les cormorans, les sangliers et les loups, il a répondu qu'il n'y avait « pas de solution miracle », plaidant pour « une solution de coexistence » avec les éleveurs et les citoyens, et pour « utiliser la souplesse que ménage la directive Habitats ».
Objectif 'zéro pollution'. « En tant que père, citoyen et commissaire, je veux une Europe propre, un air propre, une eau propre, une industrie chimique sûre », a dit M. Sinkevičius. D’où la nécessité de se pencher plus avant sur les produits chimiques dangereux et les perturbateurs endocriniens et de rechercher des alternatives non chimiques aux pesticides. Quelles mesures concrètes pour protéger nos enfants de l'exposition continue ? - a demandé Sven Giegold (Verts/ALE, suédois). Le Lituanien, père d'un enfant, a estimé qu'il fallait « mieux utiliser le règlement REACH » et a assuré qu'il travaillera à l'élaboration d'une stratégie pour un environnement non toxique.
Plastiques. À Frédérique Ries (Renew Europe, belge), perplexe à l'idée qu'il veuille identifier les applications biodégradables des microplastiques, il a répondu qu'« il faudra un cadre réglementaire clair pour les plastiques biodégradables. »
S'agissant de l'impact environnemental des médicaments, il ne compte pas présenter de législation, estimant qu'il faut d'abord avoir le résultat du bilan de santé en cours de la législation sur l'eau.
Économie circulaire. Le commissaire désigné préparera un nouveau plan d'action, mais ne s'est pas prononcé sur l'opportunité de revoir la directive 'Écoconception' ou de présenter une nouvelle directive, comme le lui demandait Mohammed Chahim (S&D, néerlandais).
Évaluation en 2022 de la politique commune de la pêche. Virginijus Sinkevičius a plaidé pour des « océans et des stocks de poissons sains » et s’est engagé à assurer la bonne mise en œuvre de la politique commune de la pêche (PCP). Il devra évaluer, d’ici fin 2022, la PCP, afin, selon lui, « d’identifier les domaines où existent encore des difficultés ». Il a souligné notamment le besoin de tenir compte des différents bassins maritimes et a identifié des actions à entreprendre dans ces domaines : - nouvelles règles en Arctique pour protéger la biodiversité ; - poursuite de la lutte contre la pêche illégale ; - amélioration des contrôles des activités de pêche.
Plusieurs députés ont regretté que la pêche ne soit plus mentionnée dans l’intitulé du portefeuille du futur poste à pourvoir par M. Sinkevičius. « Il convient de regarder au-delà de l’intitulé » du portefeuille et de trouver des solutions aux problèmes que connaissent les pêcheurs, a-t-il répondu. Il a admis aussi qu’il ne fallait pas séparer l’environnement de la pêche.
Méditerranée. Le commissaire désigné a estimé que des progrès avaient été réalisés pour restaurer certains stocks (dans cette mer où 87% des stocks sont surexploités) et qu’il fallait mieux évaluer la ressource en poissons.
Brexit et la relation future avec le Royaume-Uni. Interrogé sur la question, M. Sinkevičius a souligné qu’« il ne faut pas exclure la pêche d’un accord futur ».
Sur le budget 2021-2027 du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP), en baisse de 6%, selon la proposition de la Commission, le commissaire désigné a seulement indiqué : « On va essayer de répondre au mieux aux besoins des pêcheurs ». Il a reconnu que, dans l’évaluation de la PCP, il faudra intégrer les priorités environnementales découlant du ‘Green Deal’. (Aminata Niang et Lionel Changeur)