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Bulletin Quotidien Europe N° 12341
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN / Énergie

Kadri Simson signe une prestation mitigée devant les eurodéputés

Contradictions, manque de réponses concrètes, la commissaire désignée à l’Énergie, Kadri Simson, n’a pas semblé convaincre les eurodéputés, jeudi 3 octobre, lors de son audition devant les membres de la commission de l’Industrie, la Recherche et l’Énergie (ITRE) et celle de l’Environnement (ENVI) du Parlement européen.

Ainsi, alors que Peter Liese (PPE, allemand) lui demandait son opinion sur le refus de l’Estonie, pays de Mme Simson, de fixer la date de 2050 comme échéance pour atteindre la neutralité climatique au niveau de l’Union européenne (EUROPE 12279/2), celle-ci a botté en touche. Arguant dans un premier temps qu’elle ne faisait alors plus partie du gouvernement de l’Estonie, mais était membre de son parlement, elle a ensuite répondu que cette question n’avait jamais été inscrite à l’ordre du jour de la plénière du parlement estonien (NDLR : hasard du calendrier, le gouvernement estonien a soutenu aujourd’hui l’objectif d’atteindre la neutralité climatique dans l’UE d’ici 2050).

Le Finlandais Ville Niinistö (Verts/ALE) a, pour sa part, interrogé la commissaire désignée sur les mesures concrètes qu’elle envisageait dans le but de revoir les objectifs en matière d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables à l’horizon 2030. En effet, selon le député, l’objectif promu par la présidente élue, Ursula von der Leyen, d’une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, demeure insuffisant eu égard aux objectifs de Paris (maintenir la hausse des températures en dessous de 2°C d’ici 2100 et le plus proche possible de 1,5°C). Loin de fournir au député des propositions concrètes, Mme Simson lui a simplement assuré qu’elle s’engageait à tenir les mêmes promesses que Mme von der Leyen.

Des objectifs difficilement conciliables. Plusieurs des réponses de Mme Simson ont en outre semblé contradictoires aux yeux de certains députés. Ainsi, alors qu’elle a répété son engagement en faveur de la neutralité climatique d’ici 2050, elle a également soutenu l’utilisation du gaz dans la production d’énergie et l’investissement dans de nouveaux gazoducs.

Répondant à Jutta Paulus (Verts/ALE, allemande), qui lui demandait si elle ferait en sorte de faire respecter le principe de primauté de l’efficacité énergétique plutôt que de soutenir le gaz, en particulier vis-vis des investissements futurs de la Banque européenne d'investissement, Mme Simson a assuré que la priorité serait donnée aux investissements dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, mais également aux réseaux (y compris gaziers). Selon elle, ces derniers sont nécessaires afin de garantir une meilleure connectivité.

Au vu de ses réponses, Marc Botenga (GUE/NGL, belge), pour sa part, s'est inquiété que la demande des jeunes pour des actions climatiques ambitieuses ne soit pas entendue. « Il est clair que si on a un euro [...] et qu'on le met dans le gaz, à peine moins polluant que le pétrole, on ne le met pas dans les renouvelables », a-t-il insisté.    

« Vous avez l’objectif de faire en sorte que les Européens aient accès à une énergie abordable, fiable, sûre et propre. D’après mon expérience [dans le secteur privé de l’énergie], je dirais que ces objectifs sont totalement contradictoires », a même estimé la Suédoise Jessica Stegrud (CRE).

Fonds de transition équitable. Au cours de l’audition, Mme Simson a souligné à plusieurs reprises l’importance de prendre en compte les caractéristiques de chaque État membre et d’aider les pays dont l’économie dépend fortement des combustibles fossiles, en particulier du charbon, à effectuer leur transition énergétique. Selon elle, le nouveau projet de fonds de transition équitable ('just transition fund') que défendrait la potentielle future commissaire à la Politique de cohésion et aux Réformes, Elisa Ferreira, aura à cet égard un rôle prépondérant (EUROPE 12340/3).

« Chaque État membre a un bouquet énergétique différent, certains sont tributaires des énergies fossiles, d’autres moins. Il faut être bien conscient que certains auront besoin d’un appui tout particulier », a-t-elle ainsi déclaré. Et de poursuivre : « Le fonds de transition équitable va permettre d’élaborer des stratégies pour chaque État membre ».

Elle a en outre affirmé que, dans le cas où sa candidature serait acceptée, elle travaillerait en étroite collaboration avec Mme Ferreira à la mise en œuvre de ce fonds, ainsi qu’avec Frans Timmermans, le vice-président désigné au ‘Green Deal européen’.

Coopération entre États membres. Dans un souci de soutenir les pays les plus dépendants des énergies fossiles et de développer les énergies renouvelables, l’Estonienne a également souligné l’importance de conduire les États membres à coopérer étroitement, en particulier en ce qui concerne la construction de nouvelles installations offshore.

Dans cet objectif, elle a annoncé qu’elle œuvrerait à l’élaboration d’un mécanisme de coopération « afin que plusieurs pays membres puissent construire ensemble des installations renouvelables, soit des parcs éoliens offshore, soit des installations solaires ». 

Nucléaire. Interrogée par András Gyürk sur le rôle du nucléaire dans la transition énergétique, Mme Simson a déclaré que le nucléaire ferait partie ou non du futur bouquet énergétique des États membres en fonction de leur choix, la détermination du mix énergétique étant du ressort des pays et non de l’UE.

Elle a néanmoins averti qu’il faudrait veiller à ce que les centrales nucléaires soient sans risques pour les Européens et pour nos voisins proches.

Dans un communiqué publié après l'audition, le groupe PPE au Parlement européen a jugé sa prestation « acceptable », malgré des « réactions mitigées ». (Damien Genicot)

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