La présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a eu raison de vouloir s’emparer de la défense du mode de vie européen qui, contrairement à l’utilisation que veulent en faire les populistes, véhicule des idées positives d’inclusion, de solidarité et d’accueil en Europe de tous ceux qui en ont besoin. C’est en refusant de se prononcer contre l’intitulé de son portefeuille que le Grec Margaritis Schinas, vice-président désigné à la Protection du mode de vie européen, s’est présenté, jeudi 3 octobre, aux députés des commissions des Libertés civiles, de l'Emploi et de la Culture du Parlement européen.
Très attendu sur cet intitulé polémique que plusieurs élus lui ont encore demandé de condamner, à l’image de l’Allemande Birgit Sippel (S&D) ou de la Néerlandaise Sophie in’t Veld (Renew Europe), le vice-président désigné est resté très ferme face à ces appels et a même estimé que renoncer à ce titre serait « une concession à Marine Le Pen » et aux populistes.
Le commissaire désigné a toutefois reconnu que les « mots ont un sens », mais, bien que respectant les émotions que cet intitulé a suscitées, il a dit n'avoir « jamais partagé les vues selon lesquelles ce titre induirait un 'nous' contre 'la culture des autres' ».
Pour lui, il faut plutôt être fier que l’Europe et ses valeurs de diversité soient « admirées et enviées » et c'est ce qui permet aussi de faire des sociétés plus inclusives.
À Birgit Sippel (S&D, allemande) qui lui demandait : « contre qui devons-nous nous protéger ? », l’ancien porte-parole de la Commission a répondu : « les terroristes du 14 juillet (à Nice), des Ramblas, à Barcelone », deux lieux d’attentats mortels, pointant le doigt contre « tous ceux qui refusent notre démarche d’inclusion et d’insertion ». Mais il a « catégoriquement rejeté » le fait que son portefeuille puisse être synonyme de fermeture aux autres. « Jeter des ponts entre les gens est ce que j’ai toujours fait depuis 30 ans et je continuerai à le faire », a-t-il promis.
Au-delà de cette polémique, qui a largement marqué son audition sans toutefois la dominer entièrement, le vice-président désigné a eu l’occasion de préciser ce qu’il comptait faire dans les domaines qui seront sous sa supervision entre migration, santé, éducation, sport ou encore la sécurité.
Si possible, un nouveau Pacte pour la migration et l’asile, début 2020
M. Schinas a ainsi précisé que les politiques de migration seront guidées par les valeurs européennes d'inclusivité, insistant sur le fait que « l’Europe sera toujours une terre d’asile ». Même s' « il faut être clair : ceux qui ne pourront pas avoir l’asile devront partir », a-t-il expliqué. M. Schinas a aussi jugé que les « ONG ne sont pas une partie du problème, elles sont plutôt une partie de la solution ».
Le Grec a répété que la Commission commencerait par écouter les États membres et le PE pour tenter de redonner « un nouveau départ » au 'Paquet Asile'.
Des options sur la base de ces échanges seront « très rapidement mises sur la table », avant la « fin de l’année », et des propositions formelles proposées, « si tout va bien, début 2020 », a-t-il annoncé. Mais une chose est sûre, « le travail législatif du PE ces dernières années doit rester sur la table », même s’il faudra surtout se concentrer sur « la révision de Dublin et le règlement sur les procédures d’asile ».
Ce n’est qu’en regardant l’ensemble des éléments, notamment une meilleure politique des retours, qu’il veut consolider avec de meilleurs accords de réadmission « avec des pays prioritaires de transit et d’origine » et d’autres voies de migration légale, qu'une issue sera possiblement trouvée sur le 'Paquet Asile', a-t-il estimé. Mais le passage en force au Conseil avec un vote à la majorité qualifiée ne sera pas une solution : « Je crois que, politiquement, c’est à éviter », a expliqué le vice-président désigné.
Plus de chances pour les jeunes
Pour les autres dossiers, le Grec a beaucoup insisté sur l’éducation inclusive et le renforcement de l’accessibilité au programme Erasmus +. « Je discute à ce sujet avec mon collègue Nicolas Schmit sur la façon d’utiliser le Fonds social européen » pour renforcer l’inclusivité du programme de mobilité pour les jeunes, a-t-il expliqué.
M. Schinas a aussi évoqué la mise en place d’une garantie 'enfance', qui devra justement se tourner vers les familles les plus pauvres dans lesquelles les enfants ont moins de possibilités d’accéder à l’éducation ou à la santé. Il faudra aussi travailler pour fixer un « principe universel » pour les stages, qui doivent être limités et rémunérés.
Enfin, même si cela ne relève pas des compétences de l’UE, Margaritis Schinas a eu des mots pour l’art et la culture dans les États membres, qui font aussi « le mode de vie européen ». Là encore, il aura à cœur de les promouvoir.
Une prestation bien reçue
Ces trois heures d’audition auront globalement été de bonne facture, le vice-président désigné s'étant montré solide et ayant même été de temps à autre applaudi sur ses prises de position. À chaud, les réactions semblaient donc plutôt positives sur son profil, mais l’intitulé du portefeuille pourrait le pénaliser.
C'est ce que pensait Fabienne Keller (Renew Europe, française) à l'issue de l'audition, reconnaissant que le candidat avait du savoir-faire et qu'il avait su rassurer le PE sur certains points, en indiquant notamment que le travail du PE sur le 'Paquet Asile' serait préservé. « Mais on restera sur le nom », qui continuera à poser problème, estimait la députée, même si cela sera surtout une requête pour « Mme von der Leyen ».
Idem pour les Verts/ALE, dont la coordinatrice, Tineke Strik (néerlandaise), a jugé que le Grec était « bien préparé » et qu'il avait su donner de bons signaux contre l'extrême droite. Mais le flou demeure sur certains dossiers comme la rétention des données ou ce nouveau Pacte sur les migrations, a-t-elle confié à EUROPE. Et l'intitulé du portefeuille reste un problème, car, malgré ce qu'en a dit M. Schinas, à l'extérieur, il sonne complètement différemment, a encore dit la coordinatrice des Verts/ALE.
Dès l'issue de l'audition, les coordinateurs devaient se réunir pour discuter de la prestation de M. Schinas. (Solenn Paulic)