L’UE doit adresser un message d’ambition au monde, au sommet ‘Action climatique’ convoqué le 23 septembre à New York par le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, en montrant qu’elle a déjà la contribution la plus ambitieuse à l’Accord de Paris et qu’elle est en bonne voie de se doter, en 2020, d’une stratégie climatique de long terme, ont estimé les ministres européens de l’Environnement et du Climat, lors de leur réunion informelle, jeudi 11 juillet, à Helsinki.
La Présidence finlandaise du Conseil, qui entend consolider la position de leader mondial de l’UE en matière de climat, les avait invités à échanger sur les discussions climatiques internes à l’UE et sur le rehaussement de l'ambition mondiale (EUROPE 12286/8).
Tous savent qu’il faudra attendre la fin de l’année pour que le Conseil européen finalise ses orientations pour la stratégie de long terme de l’UE, qui pourrait viser la neutralité climatique à l’horizon 2050, si les mesures de solidarité et de soutien financier sont là pour assurer la transition juste et rassurer les 4 pays inquiets (EUROPE 12279/2).
La contribution la plus ambitieuse. « Nous devons continuer à faire preuve de leadership par l'exemple sur les questions climatiques et relever nos propres ambitions. Notre but est de parvenir à une compréhension commune sur cette stratégie de long terme à la fin de l'année. Ce ne sera pas chose aisée. Le débat continuera entre les États membres jusqu'au Conseil Environnement d'octobre », a déclaré la ministre finlandaise, Krista Mikkonen, à l'issue de la réunion, assurant que la Présidence finlandaise « sera à l'écoute de toutes les préoccupations ».
Au plan mondial, les ministres ont estimé que l'offre de l'UE sur la table - une réduction d'au moins 40% de ses émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030 par rapport à 1990 - fondée sur un cadre législatif contraignant est une contribution très ambitieuse. « L'ambition, c'est la mise en œuvre. C'est un message clair pour le sommet, mais il est clair qu'on doit tous faire mieux. L'UE doit être prête à revoir son objectif 2030. Nous espérons que la Commission présentera les analyses demandées par les États membres », a expliqué Mme Mikkonen.
Il ne sera pas question de relever l'objectif 2030 de l'UE à New York, mais d'inviter les grandes économies industrialisées à emboîter le pas à l'UE. M. Guterres, lui, comptait sur l'annonce par l'UE d'une réduction de ses émissions de 55% pour 2030.
« L’objectif 2030 sera révisé quand nous aurons une compréhension commune de la stratégie 2050. Nous pourrons dire au Secrétaire général que nous avons initié la discussion en vue de réviser cet objectif », a précisé Mme Mikkonen à EUROPE.
Devant les ministres, le commissaire à l'Action pour le climat, Miguel Arias Cañete, a jugé que l'UE était en bonne voie pour avaliser une stratégie visant la neutralité climatique en 2050. Il s'est félicité que la Présidence finlandaise continue d'organiser des débats dans les formations sectorielles du Conseil, qui permettront de progresser sur la voie d'un accord sur les conditions qui permettront une transition efficace, rentable et équitable.
Inciter les grandes économies du G20 à faire plus. « L’UE a un objectif 2030 qui devrait permettre une réduction de 45% de ses émissions, elle a la contribution la plus ambitieuse et un accord sur une stratégie climatique horizon 2050 est à portée de main », a-t-il fait valoir, soulignant que « si les grandes économies majeures pouvaient annoncer l’intention de faire la même chose et de déposer leur propre stratégie de long terme en 2020 à l’ONU, cela montrerait que l’on a entendu la science et les citoyens ».
Selon lui, le processus d'accord sur la stratégie à long terme de l'UE est exemplaire du fonctionnement d'une démocratie inclusive et une réussite en soi. Il conviendrait d'encourager les partenaires du G20 à amorcer des processus analogues en s'appuyant sur des données scientifiques, des arguments économiques et des faits.
Tous estiment que le sommet onusien sera une occasion importante pour les gouvernements et les parties prenantes non gouvernementales de faire un grand pas en avant dans l'ambition collective.
« Cette discussion sur la politique climatique européenne et internationale arrive à un moment crucial. Chacun est conscient que le changement climatique devient de plus en plus important pour énormément de gens dans le monde. Nous assistons à des vagues de chaleur dans le monde entier. Il est donc évident que nous devons faire plus que nous ne l’avons fait jusqu’ici. Nous discutons de la nouvelle Commission. C’est la première fois que la politique climatique a suscité une immense prise de conscience sur la scène politique. », a souligné le secrétaire d'État allemand, Jochen Faschbart, en marge de la session.
Carole Dieschbourg, la ministre Verte de l'Environnement du Luxembourg, aurait souhaité l'ambition maximale. « Nous devons veiller à ce que l’UE soit considérée comme un leader en matière de protection du climat. Nous devons adresser le message que nous nous en tiendrons à l’objectif de 1,5 degré, que nous sommes cohérents avec la science afin que la neutralité climatique soit atteinte au plus tard en 2050 et que nous serons également en mesure de relever l’ambition de notre objectif 2030. C’est donc une discussion cruciale pour montrer que l’UE est prête à franchir la prochaine étape », avait-elle souligné à son arrivée au Conseil.
Le nouveau ministre danois de l'Environnement, Dan Jorgensen, a indiqué que son gouvernement avait « des objectifs très progressifs » et visait une réduction des émissions du Danemark de 70% en 2030.
Le ministre bulgare Neno Dinov a jugé le programme de la Présidence finlandaise « extrêmement ambitieux sur le climat », s'interrogeant sur sa faisabilité. Pour lui, « le sujet le plus important de cette réunion, c'est l'économie circulaire pour changer la base de l'économie au cours de la prochaine décennie ». Ce sujet sera abordé vendredi par les ministres. (Aminata Niang)