Les ministres des Affaires étrangères de l’UE et de l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN) ont décidé, lundi 21 janvier, de renforcer les relations entre les deux régions en devenant des partenaires stratégiques.
« Nous convenons en principe de transformer les relations UE-ASEAN en un partenariat stratégique, sous réserve des détails et du calendrier à définir », ont ainsi annoncé les ministres dans une déclaration commune.
« C'est la reconnaissance d'un partenariat déjà stratégique que nous avons dans de nombreux domaines différents […] mais [c’est] aussi pour envoyer au reste du monde le signal que les deux processus des organisations régionales les plus avancées et les plus réussies dans le monde - l'ASEAN et l'UE - non seulement soutiennent fermement le multilatéralisme et une approche coopérative et régionale, mais unissent également leurs efforts pour promouvoir un agenda commun au niveau mondial », a justifié la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, devant les médias.
Bien que l’UE et l’ASEAN soient organisées de manière « assez différente », elles partagent les mêmes valeurs, des principes opérationnels communs, a rappelé le ministre des Affaires étrangères de Singapour, coordinateur de l'ASEAN pour les relations avec l'UE, Vivian Balakrishnan. « Ce sont des partenaires assez naturels », a-t-il ajouté.
Dans la déclaration commune de sept pages, les deux parties reconnaissent « la nécessité d'une coopération étroite pour relever les défis communs » et soulignent une « volonté de renforcer les relations et la coopération […] dans tous les domaines d'intérêt mutuel », tels qu'un commerce équitable et ouvert, le développement durable, la réduction des écarts de développement, la sécurité énergétique et les énergies propres, l'environnement et le changement climatique.
Le renforcement du dialogue politique et de sécurité et la coopération entre l'ASEAN et l'UE sont mentionnés notamment en matière de sécurité maritime, de cybersécurité, de lutte contre le terrorisme, de criminalité transnationale et de gestion des frontières.
La connectivité et les contacts entre les peuples sont aussi mis en avant alors que les deux parties s'approchent de la conclusion d'un accord global de transport aérien (CATA) de région à région, « une première du genre », selon Mme Mogherini.
La déclaration revient aussi sur le respect de l’État de droit, de la souveraineté et l’intégrité territoriale des États.
Si le texte souligne un engagement à promouvoir et à protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales et à coopérer encore davantage sur ces sujets, aucune mention n’est faite aux violations de ces droits, notamment au Cambodge et en Birmanie, membres de l’ASEAN. Devant la presse, Mme Mogherini a cependant rappelé la position de l’UE sur la situation des Rohingyas en Birmanie. Le 22 janvier, devant le Parlement européen, le ministre des Affaires étrangères de Malaisie, Saifuddin Abdullah, a indiqué que les ministres de l’ASEAN travaillaient au retour « volontaire et sûr » des Rohingyas, tout en précisant que ces derniers n’avaient pas confiance en la Birmanie.
L'UE souligne aussi son ambition de participer au sommet de l'Asie orientale.
Commerce et économie. Priorité pour l'UE en 2019, la réforme et la consolidation de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), garante d'un système multilatéral ouvert, sont appelées de leurs vœux par les deux régions, qui mettent aussi en garde contre le protectionnisme.
Elles appellent, de plus, à une réforme de toutes les fonctions de l’OMC : capacités de négociation, de contrôle, de régulation et de règlement des différends doivent être revues.
À la veille de la réunion du Forum économique mondial de Davos, qui a mis l’économie numérique à son ordre du jour, les deux parties reconnaissent « la nécessité de travailler ensemble pour trouver des solutions aux défis découlant de l'expansion rapide de l'économie numérique et des changements technologiques, notamment la lutte contre l'évitement fiscal, l’évasion fiscale et la fraude », lit-on dans la déclaration commune.
Avancées sur la question « sensible » de l’huile de palme. Les deux régions ont également décidé de mettre en place un groupe de travail conjoint entre l’UE et les pays de l’ASEAN exportant de l’huile de palme – c’est-à-dire principalement l’Indonésie et la Malaisie. « Nos partenaires d’aujourd’hui ont reçu, de la part de l’Union européenne, un engagement fort et ferme à travailler avec eux sur la question sensible de l’huile de palme », a également déclaré Mme Mogherini à la presse, ajoutant que le groupe de travail permettra de s’attaquer ensemble « aux éventuels impacts environnementaux et sociaux négatifs de la production d'huile de palme ». La composition du groupe de travail n'a pas été révélée.
« Nous apprécions la formation d’une commission conjointe qui se pencherait sur la question de l’huile de palme, afin d’améliorer la situation », a ajouté M. Abdullah, au PE. Il s’est également voulu rassurant quant au processus de déforestation généré par les plantations de palmiers, assurant que ce processus était désormais arrêté et que les pays producteurs travaillaient également à garantir la durabilité de leur production.
Voir la déclaration conjointe : https://bit.ly/2T9qZte . (Camille-Cerise Gessant et Hermine Donceel)