La Banque centrale européenne a confirmé, jeudi 13 décembre, que l'opération 'quantitative easing' (QE) de rachat massif de titres essentiellement publics s'achèvera fin décembre 2018.
Depuis novembre, le rythme mensuel des rachats via le QE a été ramené à 15 milliards d'euros, alors qu'il avait atteint 60 milliards d'euros au lancement de l'opération en mars 2015 pour lutter contre le risque de déflation post-crise financière (EUROPE 11236).
D'après M. Draghi, le QE a été « le seul vecteur de la reprise » économique dans la zone euro avec sa capacité à faire baisser substantiellement les conditions de financement des entreprises et des ménages. Le président de la BCE a estimé que le quantitative easing faisait désormais partie « de façon permanente » de la boîte à outils des instruments de politique monétaire à disposition de l'institut monétaire, surtout après l'arrêt « très important » de la Cour de justice de l'UE qui a considéré le QE comme conforme au droit de l'UE (EUROPE 12157).
Au 7 décembre 2018, le système européen des banques centrales avait racheté plus de 2 100 milliards de titres essentiellement publics depuis le début de l'opération en mars 2015.
Malgré une incertitude renouvelée quant à la solidité de la croissance économique, la BCE estime que la trajectoire de l'inflation convergera vers l'objectif à moyen terme, à savoir un niveau proche, mais inférieur à 2 %, même après la fin du QE. La conclusion de notre débat sur les risques pesant sur l'économie est la suivante : « maintien de la confiance et prudence accrue », a dit M. Draghi.
La politique monétaire demeurera donc accommodante autant que nécessaire. Outre le maintien des taux directeurs aux niveaux faibles actuels au moins jusqu'à l'été 2019, l'Institut de Francfort a annoncé jeudi que sa politique de réinvestissement des titres privés et publics acquis, notamment via le QE, se poursuivra sur une période prolongée après une première remontée des taux directeurs.
Si les marchés estiment que les taux ne remonteront pas avant 2020, cela a au moins le mérite de les maintenir à un niveau bas, a estimé M. Draghi.
Jeudi, la BCE a revu légèrement à la baisse ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019, notamment en raison des risques liés aux facteurs géopolitiques, au protectionnisme et à la volatilité financière. Selon elle, l'augmentation du PIB de la zone euro devrait s'élever à 1,9 % en 2018, à 1,7 % en 2019 et 2020 et à 1,5 % en 2021.
Concernant l'inflation, l'institution européenne a revu ses prévisions à la hausse pour 2018 et à la baisse pour 2019. La trajectoire retenue est la suivante : 1,8 % en 2018, 1,6 % en 2019, 1,7 % en 2020 et 1,8 % en 2021.
UEM. M. Draghi a espéré que les travaux de l'Eurogroupe sur l'approfondissement de l'Union économique et monétaire (UEM) seront entérinés, vendredi, par le sommet de la zone euro (EUROPE 12158). Malgré la réforme du Mécanisme européen de stabilité et la création d'un filet de sécurité pour le Fonds de résolution unique, l'UEM « est incomplète et reste fragile », a-t-il estimé.
Selon lui, il faudra en faire plus avant d'affirmer que nous disposons d'une union bancaire en zone euro équivalente à celles des États-Unis ainsi que d'une véritable union des marchés des capitaux. Mais, pour réduire les risques financiers, parachever les deux rendrait « moins urgente une union budgétaire », a considéré M. Draghi. (Mathieu Bion)