Les Vingt-sept ont tendu la main à Theresa May, jeudi 13 décembre à Bruxelles, pour l’aider à faire adopter l’accord sur la sortie ordonnée du Royaume-Uni de l’UE au Parlement britannique. Après avoir entendu les appels de la dirigeante britannique, ils ont clarifié certains points du texte agréé le 25 novembre (EUROPE 12145).
Mais leurs concessions se sont arrêtées là, les Vingt-sept martelant qu’ils ne rouvriront pas le contenu de cet accord et refusant de céder sur le caractère temporaire du filet de sécurité ('backstop') pour l’Irlande, l’un des nœuds du blocage outre-Manche.
Comme l'a résumé le chancelier autrichien Sebastian Kurz, la discussion avec Mme May a permis de définir deux choses: « Ne pas ouvrir (l'accord de) retrait une nouvelle fois et, deuxièmement, dire clairement que le backstop doit être temporaire et en aucun cas durable ».
Mais fixer une date limite au filet de sécurité est une ligne rouge pour les Vingt-sept. « Vous ne pouvez pas inscrire de date fixe par écrit. Que se passerait-il si vous avez une date fixe et qu'il n'y a pas de nouvelle relation? Vous auriez toujours une frontière physique en Irlande », a averti le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte.
Dans les conclusions adoptées, les leaders européens ont seulement accepté de préciser que ce filet de sécurité - qui, selon les partisans d'une rupture nette avec l'UE, pourrait emprisonner indéfiniment le Royaume-Uni dans une Union douanière avec l'UE - ne devait être qu’une « police d’assurance » pour éviter une frontière physique en Irlande.
« Nous disons que, si nous avons besoin d’une assurance parce que nous n’avons pas assez trouvé de règles pendant la phase de transition post-Brexit, nous voulons dépasser rapidement la phase de backstop », a indiqué la chancelière allemande Angela Merkel.
Un accord de libre-échange au plus vite
La conclusion d’un accord de libre-échange d’ici le 31 décembre 2020 devrait mettre en place les arrangements pour que ce filet de sécurité ne soit pas déployé.
Les Européens ont cherché à rassurer Mme May sur le fait qu’ils comptent négocier le plus vite possible ce futur accord de libre-échange dès que l’accord de retrait britannique aura été signé et que le Royaume-Uni aura quitté l’UE.
Devant la presse, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a insisté sur ce point. « Je veux prouver aux membres de la Chambre que l’on prend cela au sérieux », a-t-il indiqué, avant d'ajouter : « Nous accélérerons la procédure » qui touche à la future relation bilatérale.
M. Juncker a toutefois souligné que, malgré le « combat courageux et vertueux » de Mme May, des questions demeuraient sur les intentions du Royaume-Uni qui n’a toujours pas dit précisément ce qu’il attendait de ces futures relations commerciales. « Je trouve assez inconcevable qu'au Royaume-Uni il y ait cette impression que ce serait à l'UE de trouver des réponses », a-t-il lancé.
Theresa May n’aurait pas entièrement convaincu les Vingt-sept en ne donnant pas d’indications précises sur la marche à suivre, à commencer par le calendrier d’un vote au Parlement britannique, initialement prévu le 11 décembre. Quelques rumeurs suggéraient qu'elle envisagerait la semaine du 15 janvier.
Les Vingt-sept auraient donc choisi de revoir un peu à la baisse leur offre d’aide. Ils ont notamment supprimé un paragraphe inscrit dans un premier projet de conclusions dans lequel ils se disaient prêts à examiner des assurances supplémentaires sans que cela remette en cause l’accord de retrait.
« Ce qu’a dit, ou justement n’a pas dit Mme May, a sans doute contribué à la disparition de ce paragraphe », selon une autre source.
L’Irlande et la France auraient notamment travaillé à biffer ce paragraphe comme d’autres éléments soulignant que le filet de sécurité serait « temporaire » et ne constituait pas un « résultat souhaité ».
Il revient désormais à Mme May de clarifier ses intentions si elle veut obtenir une aide ultérieure d’ici au vote au parlement britannique.
D’ici là, comme l’a annoncé M. Juncker, les Vingt-sept accéléreront leur préparation à un Brexit sans accord. Le 19 décembre, la Commission prévoit en effet de publier un ensemble de documents sur le sujet.
Voir le texte des conclusions: http://bit.ly/2C9nWv2 (Solenn Paulic avec la rédaction)