Le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, pourrait avoir vaincu ses démons budgétaires, mais le spectre du Brexit continue de la hanter en cette fête d'Halloween.
Malgré de nouveaux défis à relever en matière de leadership et la menace d’une récession en cas d’absence d’accord, Theresa May et l’économie britannique restent debout. Mais les négociateurs du Brexit sont impuissants tant que le gouvernement britannique continue de débattre du type d’accord commercial qu’il souhaite conclure avec l’UE.
Les négociations sur le Brexit n’ont pas avancé depuis le Conseil européen du mois d’octobre. Le même problème subsiste : comment maintenir une frontière ouverte entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. Et les mêmes options sont sur la table : une combinaison de deux propositions « de sécurité » ainsi qu’une prolongation de la période de transition, qui ont resurgi au Conseil il y a quelques semaines. L’UE souhaite donner à Mme May le temps et l’espace nécessaires pour rallier les conservateurs eurosceptiques, les unionistes nord-irlandais et même les travaillistes en faveur du maintien, en vue de parvenir à un compromis difficile. Même le Parlement européen a déclaré qu’il reporterait son vote sur le traité de sortie, laissant ainsi sa chance au parlement britannique, afin de ne pas ajouter une pression politique inutile.
« Nous devons faire preuve de prudence avec tout ce qui peut déstabiliser les discussions à Londres », a déclaré un diplomate de l’UE à B-Word. « Nous n’avons aucun intérêt à lui compliquer la vie. » Mais le temps presse. « Nous craignons que les conditions ne soient pas remplies au Royaume-Uni pour leur permettre de gérer leur processus », a ajouté le diplomate. « La politique est si compliquée, nous pourrions finir par manquer de temps. »
Alors que Mme May a déclaré cette semaine que le traité de sortie est complété à 95 % et que le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, espère toujours que les négociations pourront se terminer en novembre, la plupart des diplomates de l’UE misent sur décembre, voire début janvier. Les ambassadeurs de l’UE ont été informés mercredi de la situation par la négociatrice en chef adjointe de l’UE, Sabine Weyand, mais elle n’a pas eu beaucoup d’éléments nouveaux à leur communiquer. Les négociations techniques ont continué à Bruxelles cette semaine entre Mme Weyand et son homologue britannique, Olly Robbins, mais l’obstacle politique de la frontière irlandaise et des futurs échanges doit encore être surmonté.
Pendant ce temps, à Londres, 'pas de nouvelles' était synonyme de 'mauvaises nouvelles'.
Premièrement, le Premier ministre de Norvège, Mme Erna Solberg, a ruiné les espoirs des conservateurs en faveur du maintien qui privilégiaient une solution de « Norvège pour l’instant ». Selon cette option, le Royaume-Uni resterait temporairement membre de l’Espace économique européen tandis qu’il négocie un accord de libre-échange inspiré de celui conclu par le Canada avec l’UE. Comme l’a souligné le député conservateur Nick Boles dans The Times la semaine dernière, après avoir rencontré Mme May à Oslo cette semaine, Mme Solberg a déclaré que l’idée (détestée par les conservateurs en faveur du Brexit) s’avérerait « difficile » à mettre en œuvre.
Ensuite, maintenant qu’elle a renoncé à la présidence de son parti, la chancelière allemande, Angela Merkel, ne pourra pas apporter son aide pour sauver le Brexit. Mais dans un blog fascinant rédigé pour The Spectator, James Kirkup avance que la démission de Mme Merkel ne change rien parce que le Royaume-Uni (et l’ancien Premier ministre, David Cameron, en particulier) a « surestimé » à plusieurs reprises le soutien de l’Allemagne.
Pendant ce temps, la ministre britannique de l’Immigration, Caroline Nokes, a semé la peur et la confusion en déclarant aux députés que les employeurs seront tenus de vérifier si les ressortissants de l’UE ont le droit de travailler au Royaume-Uni après le Brexit, malgré le fait que le ministère de l’Intérieur ne dispose pas encore de son propre système opérationnel. Le Royaume-Uni a convenu que les citoyens de l’UE vivant actuellement dans le pays conserveront leurs droits après le Brexit tant qu’ils sollicitent un « statut de résident » (et ont cumulé cinq ans de résidence continue), mais le gouvernement s’est également engagé à mettre fin à la libre circulation de ceux qui arriveront après la période de transition du Brexit.
Enfin, l’agence de notation Standard & Poor’s a prévenu que l’absence d’accord sur le Brexit plongerait le Royaume-Uni dans une récession avec un doublement du taux de chômage, une baisse d’un dixième des prix de l'immobilier et une chute des revenus.
Alors que les négociations entament leurs dernières semaines, il n’est pas encore établi si un compromis pourra être atteint ni quand ce sera le cas.
(Version originale anglaise par Sarah Collins)