Au lendemain de la publication du rapport spécial du GIEC sur le climat, les ministres européens de l'Environnement étaient tous désireux d'adresser un signal fort à la communauté internationale en vue de la COP 24 de Katowice (3-14 décembre), sans toutefois prendre le risque de s'engager unilatéralement, s'agissant des pays les moins ambitieux.
Les conclusions du Conseil adoptées mardi 9 octobre à Luxembourg sur la position de l'UE pour la COP de Katowice expriment les vives préoccupations suscitées par le rapport du GIEC et soulignent l'extrême urgence d'agir pour renforcer la réponse mondiale à la menace du changement climatique.
Elles réitèrent l'engagement de l'UE envers l'Accord de Paris et sa volonté de jouer un rôle de chef de file dans ces négociations. Elles insistent sur les actions « ambitieuses » que l'UE met déjà en œuvre au titre de sa législation climat/énergie, en citant notamment les nouveaux objectifs d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique, et adressent un message positif quant à l'éventualité que l'UE revoie son objectif 2030 d'ici à 2020 en mentionnant l'éventualité d'une contribution plus ambitieuse, sans pour autant donner de chiffre.
Le texte souligne que l’UE continuera à créer un élan positif parmi toutes les parties à l'Accord de Paris pour renforcer l’ambition climatique globale et précise que « l'UE est prête à communiquer ou à mettre à jour sa contribution déterminée au niveau national (NDC) d’ici à 2020 en prenant en compte les efforts collectifs accrus nécessaires et les actions entreprises par toutes les parties pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris ».
C'est un compromis qui a permis ce résultat. Les conclusions ne sont pas aussi ambitieuses que l'auraient souhaité les quinze pays en faveur d'un rehaussement clair et ferme de l'ambition européenne avant 2020, mais, de l'avis de tous, la ministre autrichienne Elisabeth Köstinger en tête, l'adoption de ces conclusions est, en soi, un succès.
La proposition de la Suède, de mentionner dès à présent la disponibilité de l'UE à annoncer pour la COP 24 la réactualisation de sa NDC pour revoir son niveau d'ambition à la hausse avant 2020, s'était heurtée à l'appel au réalisme de nombreuses délégations (Roumanie, Bulgarie, Croatie, République tchèque, Slovaquie, Pologne), opposées à ce que l'UE s'engage unilatéralement sur un calendrier pour un objectif jugé déjà compatible avec l'Accord de Paris sans dialogue préalable avec les différents secteurs et les États membres et sans analyse détaillée des impacts.
« Il est important d’avoir un mandat très ambitieux pour être crédibles au niveau de la politique climatique, spécialement après le rapport du GIEC. Rester à 1,5 degré réduit les risques et apporte des co-bénéfices pour le développement durable. C’est crucial. Il faut être sérieux et rehausser le niveau d’ambition », avait martelé la ministre verte luxembourgeoise, Carole Dieschbourg. La Suède, la France et douze autres délégations avaient aussi plaidé dans ce sens.
Finalement, l'année 2019 pourra être mise à profit pour en débattre sur la base de la stratégie de long terme attendue de la Commission. Cette stratégie devra intégrer le scénario de 1,5 degré de réchauffement moyen et au moins une voie pour tendre vers zéro émission nette d'ici à 2050, souligne le Conseil.
Les conclusions réitèrent aussi l'engagement de l'UE et de ses États membres à contribuer au financement des 100 milliards de dollars par an à compter de 2020 et jusqu'à 2025 pour soutenir les efforts d'atténuation et d'adaptation des pays en développement. (Aminata Niang)