Avant même de se retrouver à la Maison-Blanche pour tenter de trouver un terrain d'entente sur le commerce transatlantique et les déséquilibres internationaux, mercredi 25 juillet à Washington, le président américain, Donald Trump, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker, étaient circonspects quant à l'issue de leur entrevue qui pourrait être décisive pour éviter une guerre commerciale.
« Nous signifierons clairement que nous ne sommes pas les ennemis des États-Unis, nous avons un passé commun qu'on ne doit pas oublier. [Mais] je ne suis pas excessivement optimiste », a commenté M. Juncker à la chaîne allemande ZDF, avant son voyage, mardi 24 juillet.
Assurant savoir « comment s'y prendre » avec M. Trump, M. Juncker a confirmé vouloir « éviter une guerre commerciale », mais aussi lui montrer que l'UE ne se laisserait pas piétiner. « Si les États-Unis adoptent des droits de douane sur l'automobile, l'UE devra prendre des mesures de rétorsion. Nous sommes en mesure de répondre de manière adéquate et immédiate », a-t-il ajouté.
Alors que nous mettions sous presse, M. Juncker tentait de convaincre M. Trump de renoncer à des droits de douane sur les importations de voitures, que ce dernier menace d'imposer depuis l'instauration, début juillet, des contre-mesures de l'UE au relèvement tarifaire américain visant les importations d'acier et d'aluminium, et d'envisager un 'agenda positif' pour améliorer le climat des échanges transatlantiques.
Contre-mesures de 20 milliards de dollars envisagées par l'UE face à des tarifs sur les voitures
Mercredi, la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, qui accompagnait M. Juncker auprès de M. Trump, a averti, relayée par le quotidien suédois Dagens Nyheter, que la Commission préparait des contre-mesures tarifaires visant 20 milliards de dollars (17 milliards d'euros) de produits américains en réponse à un éventuel relèvement tarifaire américain contre les importations de voitures de l'UE, et qui pourraient concerner des produits agricoles, mécaniques ou de haute technologie.
Mme Malmström s'est montrée circonspecte sur l'issue de la réunion de Washington, concédant : « je suis quelqu'un d'optimiste, mais en y allant, je le suis modérément. On peut toujours essayer ».
La visite de M. Juncker à Washington vise à « maintenir le dialogue » et « dédramatiser la situation », mais pas à négocier, avait expliqué son porte-parole, Margaritis Schinas, lundi 23 juillet, précisant que le président de la Commission ne sera porteur d'« aucune offre ».
M. Juncker se fera l'apôtre d'une approche européenne, dont l'objectif est d'explorer les options pour une désescalade des tensions en s'appuyant sur le plan en quatre points, convenu par les dirigeants européens le 17 mai, qui inclut des pourparlers sur une libéralisation tarifaire pour les produits industriels (y compris les voitures) et sur l'ouverture des marchés publics, sur une coopération réglementaire volontaire, sur une coopération accrue sur l'énergie et le GNL et sur une réforme de l'OMC (EUROPE 12022).
Des discussions sur cet 'agenda positif' pour améliorer le climat du commerce transatlantique restent toutefois conditionnées à la levée des taxes américaines sur les importations d'acier et d'aluminium imposées aux producteurs européens depuis le 1er juin.
Donald Trump veut un accord sur la levée des tarifs, des barrières et des subventions...
« Il est tout à fait possible que M. Trump aura quelque chose à proposer », relevait M. Juncker, avant son départ, mardi soir.
« L'UE se rendra [mercredi] à Washington pour négocier un accord sur le commerce. J'ai une idée pour eux. Les États-Unis et l'UE éliminent tous les tarifs douaniers, les barrières et les subventions ! Cela s'appellerait enfin marché libre et commerce équitable ! J'espère qu'ils le feront, nous sommes prêts - mais ils ne le feront pas ! », assurait de son côté M. Trump sur son compte Twitter.
L'UE et les États-Unis ont négocié entre 2013 et fin 2016 un vaste accord de libre-échange, le TTIP. Les négociations sont gelées depuis l'élection de M. Trump, fin 2016, et les Européens ne les considèrent plus à l'ordre du jour (EUROPE 12026).
En marge de la réunion du G20-Finances de Buenos Aires, dimanche 22 juillet, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a porté l'idée d'un accord plurilatéral de libre-échange entre les économies du G7 - les pays de l'Union européenne, le Canada, les États-Unis et le Japon - visant à libéraliser les tarifs sur les produits industriels et agricoles et à éliminer les subventions (EUROPE 12069).
... et défend les tarifs douaniers comme un outil pour obtenir un commerce plus équitable
« Chaque fois que je vois un politicien faible demandant d'arrêter les négociations commerciales ou l'utilisation des tarifs douaniers pour contrer les tarifs injustes, je me demande à quoi peuvent-ils penser ? Allons-nous continuer et laisser nos agriculteurs et notre pays se faire arnaquer ? Il a perdu 817 milliards de dollars sur le commerce l'an dernier. Pas de faiblesse ! », a aussi lancé M. Trump mercredi matin, dans un message visant à justifier, au niveau national, sa stratégie commerciale protectionniste.
L'annonce par l'administration Trump, mardi, qu'elle débourserait jusqu'à 12 milliards de dollars (10,3 milliards d'euros) pour aider les agriculteurs américains à surmonter les effets de la guerre commerciale que livrent les États-Unis à la Chine et l'UE, illustre la détermination du président américain à utiliser les tarifs douaniers comme une arme de négociation commerciale.
Après que les États-Unis et la Chine se sont mutuellement infligés, le 1er juillet, des droits de douane sur 34 milliards de dollars d'importations respectives, M. Trump a menacé d'appliquer de nouveaux droits de douane visant plus de 500 milliards de dollars d'importations en provenance de Chine, soit la totalité des importations chinoises des États-Unis en 2017.
À l'approche des élections de mi-mandat en novembre, M. Trump veut s'assurer le soutien des agriculteurs américains et des États ruraux, qui constituaient une base importante de son électorat en 2016.
« Les agriculteurs seront les plus grands bénéficiaires » des droits de douane américains, a lâché M. Trump lors d'un événement organisé à Kansas City (Missouri).
Les exportations de produits agricoles constituent une grande part des exportations américaines, à hauteur de 138 milliards de dollars (118 milliards d'euros) en 2017. (Emmanuel Hagry)