Les ministres des Affaires européennes des États membres ont estimé, mardi 26 juin, que la Turquie s’éloignait « de plus en plus » de l’UE.
Dans les conclusions qu’il a adoptées, le Conseil souligne que les négociations d'adhésion avec ce pays sont « effectivement au point mort ». « Aucun nouveau chapitre [de négociation d’adhésion à l’UE] ne peut être envisagé à l'ouverture ou la fermeture et aucun autre travail de modernisation de l'union douanière UE-Turquie n'est prévu », prévient-il.
Condamnant une nouvelle fois la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016 et exprimant leur plein soutien aux institutions démocratiques de la Turquie, les ministres expliquent que « l'ampleur et la portée disproportionnées des mesures prises par la suite suscitent de graves préoccupations ». Ils se disent particulièrement inquiets par « le recul continu et profondément préoccupant de l'État de droit et des droits fondamentaux, y compris la liberté d'expression ». Le Conseil invite donc la Turquie « à inverser d'urgence les tendances négatives ». Les ministres demandent aussi à la Turquie de s’engager « sans équivoque » en faveur des relations de bon voisinage, des accords internationaux et du règlement pacifique des différends.
Malgré tous ces reproches, le Conseil rappelle que la Turquie « reste un pays candidat » et un « partenaire clé dans de nombreux domaines ». Il réaffirme « l'importance qu'il attache aux relations de l'UE avec la Turquie, partenaire essentiel. L'UE reste déterminée à maintenir un dialogue ouvert et franc, à relever les défis communs et à coopérer dans des domaines essentiels d'intérêt commun tels que les migrations, la lutte contre le terrorisme, l'énergie, les transports, l'économie et le commerce ». Les ministres se sont engagés à ce que l’UE poursuive « son soutien financier et son assistance technique pour renforcer la coopération dans ce domaine, notamment par le biais de la Facilité de l'UE pour les réfugiés en Turquie », alors qu'il n'y a toujours pas d'accord entre les 28 sur la deuxième tranche de 3 milliards d'euros promise.
Mercredi 27 juin, le ministre des Affaires européennes turc, Ömer Çelik, s'en est pris aux conclusions du Conseil, estimant qu’il était « tout à fait tragique que le Conseil de l'UE, qui a été tenu captif par des [États] membres où l'extrême droite est au pouvoir, affirme que la Turquie s'est éloignée de l'UE ». « L'intention de l'Autriche de mettre fin aux relations Turquie-UE est devenue la position de l'UE avec le soutien d'autres membres », a-t-il regretté (EUROPE 12047). « Nous ne pouvons accepter une relation sélective dans laquelle l'UE considère la Turquie comme un partenaire clé dans des domaines tels que l'immigration, [la lutte contre] le terrorisme, les transports et l'énergie dont l'UE bénéficie, mais dans laquelle, en même temps, elle s'abstient d'honorer ses promesses et ses engagements », a prévenu M. Çelik. (Camille-Cerise Gessant)