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Bulletin Quotidien Europe N° 11984
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POLITIQUES SECTORIELLES / Justice

Facebook sommé de rendre des comptes à l’UE sur les données transmises à Cambridge Analytica

C’est une pluie de critiques qui s’abat depuis vendredi sur le géant américain des réseaux sociaux, Facebook, après les révélations du New York Times et The Observer sur l'exploitation de données personnelles de millions d'utilisateurs par l'entreprise Cambridge Analytica. Lundi 19 mars, plusieurs représentants des institutions européennes ont demandé à Facebook de faire la lumière sur sa gestion de cette affaire. 

Cambridge Analytica, une entreprise d'analyse de données qui avait travaillé pour la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016 est accusée d’avoir récupéré les données de 50 millions d'utilisateurs et de s’en être servie pour élaborer un logiciel permettant de prédire le vote des électeurs américains. 

À l’origine de l’affaire se trouve l’application 'thisisyourdigitallife', développée par Aleksandr Kogan, psychologue à l'université de Cambridge, qui s'affichait sur Facebook comme « une application de recherche utilisée par les psychologues ». Son développeur aurait en réalité trompé Facebook et violé sa politique en transmettant les données récupérées via cette application à Cambridge Analytica et à Christopher Wylie, dirigeant de la société Eunoia Technologies

Quelque 270 000 personnes auraient téléchargé cette application, permettant ainsi à son développeur d'accéder à certaines de leurs informations personnelles. Prenant connaissance des faits en 2015, Facebook avait alors retiré l'application de sa plate-forme et avait à l'époque exigé des certifications que toutes les données avaient été détruites, s'est défendu le réseau social dans un communiqué. 

Mais Facebook indique avoir reçu il y a quelques jours seulement des preuves que les données n’avaient en réalité pas été détruites et a ainsi décidé vendredi de « suspendre » l'accès de Cambridge Analytica et des personnes impliquées au réseau social. 

S'il reconnait qu'Aleksandr Kogan a violé les conditions d’utilisation de la plate-forme, le géant américain rejette la qualification de « violation des données »« L'affirmation selon laquelle il s'agit d'une violation de données est complètement fausse. Aleksandr Kogan a demandé et obtenu l'accès aux informations des utilisateurs qui ont choisi de s'inscrire à son application et toutes les personnes impliquées ont donné leur consentement. Les utilisateurs ont sciemment fourni leurs informations, aucun système n'a été infiltré et aucun mot de passe ou information sensible n'a été volé ou piraté », a déclaré samedi Paul Grewal, le directeur juridique adjoint de Facebook, dans un communiqué. 

Du côté de l'UE, les premières réactions sont rapidement tombées. « Horrifiant, si confirmé. Les données personnelles de 50 millions d'utilisateurs de Facebook pourraient être si facilement mal gérées et utilisées à des fins politiques », s’indignait dimanche soir la commissaire européenne à la Justice, Věra Jourová, sur Twitter

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a déclaré lundi sur son compte Twitter que « les allégations d'usage inapproprié des données des utilisateurs de Facebook constituent une violation inacceptable du droit de nos citoyens à la vie privée », annonçant que le Parlement européen entendait ouvrir une enquête. 

Claude Moraes (S&D, britannique), le président de la commission des libertés civiles du PE, a, quant à lui, demandé à Facebook de venir s'expliquer devant les députés. 

En déplacement à Washington jusque mercredi, Věra Jourová entend évoquer ce cas avec les dirigeants de Facebook et les autorités américaines. (Marion Fontana)

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