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Bulletin Quotidien Europe N° 11892
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Prix sakharov

L’attribution du Prix 2017 à l’opposition « démocratique » vénézuelienne divise le Parlement

La conférence des présidents des groupes politiques du Parlement européen (PE) a attribué, jeudi 26 octobre, le Prix Sakharov 2017 pour la liberté de pensée à l’opposition démocratique du Venezuela, c'est-à-dire à l’Assemblée nationale, représentée par son président, Julio Borges, et à « tous les prisonniers politiques dont les noms ont été communiqués par le Foro Penal Venezolano, représentés par Leopoldo López, Antonio Ledezma, Daniel Ceballos, Yon Goicoechea, Lorent Saleh, Alfredo Ramos et Andrea González », a annoncé le Président du PE, Antonio Tajani, en plénière.

Le Prix, accompagné d’un chèque de 50 000 euros, sera officiellement remis le 13 décembre, lors d’une cérémonie en session plénière du Parlement, à Strasbourg.

« En remettant ce Prix (…), nous réaffirmons notre soutien sans limites à l’Assemblée nationale vénézuélienne démocratiquement élue. Nous appelons aussi à une transition démocratique pacifique que tous les Vénézuéliens attendent désespérément », a expliqué M. Tajani dans son discours. « Ce Prix ne reconnaît pas seulement la lutte courageuse de l’Opposition démocratique au Venezuela ; le PE veut également exprimer sa proximité avec le peuple vénézuélien et lui rendre hommage », a-t-il ajouté.

Le PPE et l’ADLE, qui avaient proposé la candidature de l’opposition vénézuélienne, ont évidemment salué cette décision. « Ce prix soutient la lutte des forces démocratiques en faveur d'un Venezuela démocratique et contre le régime (du président Nicolas) Maduro. Le groupe ADLE (…) encourage la communauté internationale à se joindre à nous dans cette lutte pour la liberté du peuple du Venezuela », a souligné le président du groupe ADLE au PE, le Belge Guy Verhofstadt, sur sa page Facebook.

Pour l’Espagnol José Ignacio Salafranca, au nom du PPE, « l’opposition vénézuélienne est un exemple pour tous. Ce sont des gens courageux qui, bien qu'ils soient battus ou emprisonnés, n'ont pas peur et n'abandonnent pas, mais se battent pour leur liberté et pour leur dignité ». « Ce prix contribuera à restaurer la liberté, la démocratie, la paix, les droits de l'homme et l'État de droit au Venezuela - les valeurs que le Prix Sakharov est censé représenter », a-t-il ajouté dans un communiqué.

La GUE/NGL appelle à boycotter la cérémonie de remise de prix

Mais l’attribution de ce Prix est loin de faire l’unanimité. Les Verts/ALE et surtout la GUE/NGL, ont déploré ce choix, face aux deux autres candidats, la militante guatémaltèque du droit de l’environnement, Aura Lolita Chavez Ixcaquic, et le journaliste suédois érythréen, Dawit Isaak (EUROPE 11880).

Lors de l’annonce, plusieurs députés ont vivement réagi, notamment lorsque M. Tajani a précisé que le Prix « n’avait pas de parti politique ». Ainsi, la GUE/NGL a annoncé qu’elle boycotterait la cérémonie de remise du prix « en signe de protestation ». « Une nomination aussi hautement politisée a privé d'autres nominés remarquables de souligner leurs luttes courageuses », a estimé le groupe politique dans un communiqué. « En leur accordant cet honneur, le Parlement sape non seulement les chances de dialogue, mais aussi la paix dans toute démocratie. Les droits de l'homme sont un problème trop sérieux et ne devraient pas être instrumentalisés par le Parlement », a ajouté la GUE/NGL, rappelant que, parmi les lauréats, se trouvaient « des membres de l'extrême droite qui n'ont aucun intérêt à restaurer la démocratie ».

Même son de cloche pour la délégation française des Verts. Selon elle, « une telle récompense risque de polariser et d’aggraver la crise politique au lieu de la résoudre ». « Le passé de certains opposants nominés les disqualifie pour recevoir (le Prix), puisqu’ils sont impliqués dans des scandales financiers ou des violations des droits humains. En prenant le risque de compromettre la légitimité et la crédibilité du prix Sakharov, la droite fait vivre un jour noir au Parlement européen », a conclu la délégation dans un communiqué. (Camille-Cerise Gessant)

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