L’ambassadeur du Maroc auprès de l’UE et de l’OTAN, Ahmed Reda Chami, s’est montré optimiste, jeudi 26 octobre, sur un accord rapide entre l’UE et le Maroc concernant l’accord agricole, alors que la Cour de justice a imposé de prendre en compte séparément le territoire internationalement reconnu du Maroc et celui, contesté, du Sahara occidental (EUROPE 11450).
« Nous avons bon espoir que nous allons, dans les semaines qui viennent, arriver à avoir un accord qui ira ensuite au Parlement européen », a-t-il expliqué en réponse à une question d’EUROPE, lors d’une conférence intitulée : « Maroc contemporain : entre spiritualité, démocratie et développement économique ». Le 23 octobre, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, avaient exprimé « leur détermination commune à mener à bien dans les meilleurs délais » la négociation en cours en vue de l'amendement des protocoles de cet accord agricole (EUROPE 11890).
« Nous avons travaillé d’arrache-pied depuis le procès (jugement), cela fait pratiquement huit mois : de dures négociations avec les Européens pour faire un échange de lettres qui va amender l’accord agricole », a expliqué M. Chami. « Dans cet échange, nous avons explicité le fait que les produits du Sahara vont bénéficier des accords de libre-échange », comme demandé par la Cour, a précisé l’ambassadeur. De plus, la Cour a demandé le consentement des populations concernées dans les deux régions qui composent le Sahara occidental. « Nous avons donc proposé (…) d’aller consulter, par exemple, les Conseils régionaux de ces différentes régions. Ils sont élus par la population locale, dans le cadre d’élections libres, avec des observateurs de l’UE. On va demander l’avis de ces Conseils » entre autres, a-t-il ajouté. Enfin, et à la demande, non pas de la Cour, mais de la Commission européenne, le Maroc se doit de prouver que les accords sont bénéfiques pour les populations.
Développer les relations
M. Chami a reconnu que cette histoire avait eu un effet sur les relations entre l’UE et le Maroc. « La relation est à son niveau minimum ; maintenant que nous sommes en train de sortir du bois, nous allons reprendre le partenariat politique ou dans d'autres domaines », a-t-il expliqué. « L’Europe a des difficultés (Brexit, migration, NDLR), mais, du point de vue stratégique, nous voulons développer notre relation avec l’Europe, la rendre plus forte », a précisé l’ambassadeur. « Plus d’Afrique ne veut pas dire moins d’Europe, l’UE est un partenaire stratégique », a également prévenu M. Chami, alors que son pays devrait intégrer, en décembre, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et a réintégré l’Union africaine début 2017. « Le Maroc est à l’Europe ce que le Mexique est aux États-Unis. On veut être une plateforme d’investissement et d’exportation (pour l’Europe) », a-t-il expliqué. Selon l’ambassadeur, le Maroc pourrait également être « un acteur, un bon partenaire pour contribuer à résoudre certains problèmes de l’Europe », citant la migration ou la sécurité. Il a ainsi expliqué que les services marocains collaboraient « très, très souvent » avec des services européens et avaient contribué à éventer des actions terroristes planifiées.
De même, le Maroc est un partenaire de l’OTAN. « Nous participons au dialogue méditerranéen, le dialogue politique, nous avons des accords d’interopérabilité entre l’armée marocaine et l’Alliance, car cela permet à l’armée de participer à des actions militaires » telles que la Bosnie « et nous continuerons a développer ce partenariat », a-t-il ajouté.
Enfin, si l’ambassadeur a précisé que la coopération culturelle se faisait entre les pays de l’UE et le Maroc plutôt qu’avec l’UE en tant que telle, il a annoncé l’organisation d’une semaine culturelle sur son pays, début 2018, au Parlement européen. (Camille-Cerise Gessant)