Après plus de 20 heures de difficiles tractations, les ministres de la Pêche de l’UE, réunis à Luxembourg, sont parvenus, mardi 10 octobre au matin, à un accord politique sur les possibilités de pêche en mer Baltique en 2018 qui prévoit une baisse des prises moins importante que ce que proposait la Commission européenne notamment pour le cabillaud oriental. Ils ont par ailleurs reporté au Conseil de décembre la discussion sur l’interdiction de la pêche à l’anguille en mer Baltique.
« Ce compromis répond aux exigences et aux ambitions que j’avais fixées en termes de durabilité et d’impacts socio-économiques. Surtout, il respecte le Plan 'Baltique' », a assuré le commissaire à la Pêche, Karmenu Vella. Un avis que ne partagent pas les ONG. Our fish s’inquiète du fait que, pour « la quatrième année consécutive, le Conseil des ministres a fixé des limites de pêche pour le cabillaud de la Baltique occidentale nettement supérieures aux avis scientifiques, malgré la surexploitation sévère du stock ». Même point de vue pour Oceana qui souligne que ces quotas « irresponsables » risquent de « saper l’objectif de la politique commune de la pêche, qui est de parvenir à des niveaux de pêche durables d’ici 2020 ».
La guerre du cabillaud
La proposition concernant les totaux admissibles de captures (TAC) de cabillaud mise sur la table par la Commission européenne a fortement divisé du fait de la différence de traitement entre le cabillaud de la Baltique occidentale et celui de la Baltique orientale : stabilité du TAC pour le premier et baisse de 28% pour le second. La Pologne et les pays baltes ont poussé pour un rééquilibrage. Au final, le compromis prévoit bien le maintien des quotas de cabillaud occidental au même niveau (5 597 tonnes). Par contre, la baisse des quotas pour le cabillaud oriental a été nettement limitée à 8 % (28 388 tonnes). Au fur et à mesure de l’avancée des négociations dans la nuit, les autres TAC moins problématiques (hareng, saumon…) ont peu à peu été rediscutés pour trouver un équilibre global.
Ainsi le TAC 2018 pour le hareng du golfe de Riga est réduit de 7%, à 28 999 tonnes, comme le proposait la Commission ; celui pour le hareng central est revu à la hausse de 20%, à 229 355 t (contre +25% proposés initialement). Des réductions significatives, de 40 % du TAC de hareng de Botnie (à 84 599 tonnes) et de 39 % dans celui de hareng occidental (à 17 309 tonnes), sont arrêtées. Mais c’est encore en deçà de ce que proposaient les services de la Direction générale de la pêche, avec respectivement -50% et -54%.
Comme le proposait la Commission, le TAC de sprat en 2018 sera de 262 310 t (+1%). Pour le saumon du bassin principal, le TAC est fixé à 91 132 t (-5%) contre 106 096 t (+11%) dans la proposition de la Commission et, pour le saumon du golfe de Finlande, à 10 003 t (-5%), comme dans la proposition initiale. Enfin, les quotas seront réduits de 10% (7 076 t) pour la plie, ce qui est moins ambitieux que proposé (-20 %).
La question de l’anguille repoussée
L’autre point problématique du texte soumis par la Commission concernait l’interdiction de la pêche à l’anguille en Baltique pour 2018. Mais les discussions ont été reportées. La plupart des délégations ont estimé qu’il était préférable de mettre en place un plan paneuropéen. Un certain nombre d’États membres a également protesté contre la méthode employée par la Commission qui n’a pas procédé, estiment-ils, à une vraie consultation sur le sujet. L’Espagne et la France ont apporté leur soutien aux pays concernés, craignant notamment que cette interdiction crée un précédent et qu’un moratoire puisse être décrété ailleurs en Europe. La France a proposé de rediscuter du règlement européen sur l’anguille, qui date de 2007.
Seule la Suède s’est montrée ouverte à la proposition de la Commission.
Karmenu Vella a rappelé « la nécessité d’agir d’urgence » pour cette espèce, compte tenu des préoccupations pour les stocks dans tous les bassins européens. « Cette interdiction est un sacrifice nécessaire », a-t-il ajouté avant d’indiquer qu’il reviendrait en décembre avec une solution couvrant tous les bassins maritimes (Baltique, Mer du Nord, Atlantique). « Le Conseil partage cette inquiétude et reviendra sur le sujet en décembre », a confirmé le ministre estonien de l’Environnement, Siim Kiisler, qui assure la présidence du Conseil 'Pêche'.