Contre toute attente, il aura fallu trois tours de scrutin (deux à majorité qualifiée qui se sont déroulés hier sans résultat électif, le dernier à majorité simple remporté aujourd’hui par 132 voix contre 84) pour que la Chypriote Stella Kyriakides soit élue à la présidence de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE).
Cette élection met un terme à une saga de plusieurs mois qui aura vu le précédent président, à savoir l’Espagnol Pedro Agramunt, bouté hors du perchoir par des parlementaires qui lui avaient retiré leur confiance en le démettant, notamment, du droit de présider les plénières.
Enclenchée par une rencontre organisée par la Russie entre Agramunt et le président syrien Bachar el Assad en mars, envenimée par les soupçons de corruption azerbaïdjanaise en direction de certains membres anciens et actuels de l’APCE, dont Agramunt, la crise est allée crescendo jusqu’à son dénouement vendredi dernier.
Dans l’après-midi, l’Espagnol a, en effet, annoncé une démission que plus personne n’osait espérer. Il a affirmé s’y résoudre « pour raisons personnelles », mais chacun est convaincu que la procédure de destitution prévue lundi matin en ouverture de la session d’automne de l’APCE a finalement eu raison de son acharnement à s’accrocher au poste.
Tout comme Agramunt, Stella Kyriakides appartient au groupe du Parti populaire européen et son concurrent, le Lituanien Emanuelis Zingeris, également. C’était essentiel dans une assemblée où un accord politique régit la succession des présidences. Le conservateur britannique Sir Roger Gale, qui a assuré le bref intérim de Pedro Agramunt, l’a d’ailleurs rappelé en signalant qu’il n’avait pas été candidat lui-même, car « il fallait que le groupe PPE arrive au terme de son mandat », c’est-à-dire l’ouverture de la session 2018 de l’APCE, le 22 janvier prochain, date à laquelle l’Italien Michele Nicoletti, actuel président des Socialistes et démocrates, devrait prendre le relais à moins de nouveaux coups de théâtre.
Sur le papier, Stella Kyriakides va donc clore cette dernière session 2017 et ouvrir la première de 2018. Mandat éclair… Certes, mais qui peut peser lourd dans une institution dont « la crédibilité et l’intégrité sont mises en cause », a-t-elle rappelé. Dans la lutte contre la corruption qu’elle a inscrite comme une priorité, elle devra gérer les conclusions du groupe d’enquête externe mis en place en avril pour démêler l’affaire azerbaïdjanaise. Composé du Britannique sir Nicolas Bratza, ancien juge et président de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), du Français Jean-Louis Bruguière, ancien magistrat, expert en matière d’antiterrorisme, et de la Suédoise Elisabet Fura, ancienne juge à la CEDH, ancienne Ombudsman parlementaire en chef de Suède et conseillère juridique, ce groupe d’enquête doit rendre son rapport en décembre prochain.
Stella Kyriakides devra aussi s’atteler au dossier russe. Depuis avril 2014, en effet, la délégation de ce pays ne siège plus dans un hémicycle dont elle a claqué la porte après s’être vue retirer certains de ses pouvoirs – dont le droit de vote – en riposte à l’annexion de la Crimée.
À cette politique de la chaise vide se sont jointes des rétorsions économiques, puisque Moscou a annoncé le 30 juin qu’elle ne verserait pas le solde de sa participation au budget du Conseil de l’Europe pour 2017, ce qui se chiffre à quelque 11 millions d’euros…
Un comité mixte Comité des ministres du COE et APCE est prévu ce jeudi à Strasbourg pour renouer le dialogue avec la Fédération de Russie. Stella Kyriakides se retrouvera donc d’emblée au cœur d’enjeux essentiels et elle peut peser sur la suite des négociations. (Véronique Leblanc)