Le commissaire européen à l’Agriculture a salué, lundi 17 juillet à Bruxelles, après un débat au Conseil sur l’avenir de la politique agricole commune (PAC), le fait que plusieurs ministres se soient opposés à l’idée d’introduire un cofinancement des dépenses communautaires consacrées aux aides directes et aux soutiens au marché (premier pilier de la PAC).
À l'initiative de la délégation espagnole, les ministres ont eu l'occasion de discuter de la question du financement de la PAC après 2020, fin du cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE. L'Espagne a noté que, dans le document de réflexion de la Commission sur l'avenir des finances de l'UE, quatre des cinq scénarios impliqueraient une réduction importante du financement de la PAC. Plusieurs ministres de l’Agriculture ont soutenu les remarques de l’Espagne et se sont opposés à l’idée figurant dans le document de réflexion d’introduire un cofinancement des dépenses du premier pilier de la PAC.
« Un certain nombre d’États membres de l’UE s’opposent à toute idée de cofinancement des paiements du premier pilier et je ne puis que m’en féliciter », a déclaré M. Hogan, lors de la conférence de presse, lundi en fin d’après-midi. « Il importe que tout le monde soit mis sur un pied d’égalité dans les États membres et que la PAC soit financée sur une base UE », a poursuivi le commissaire Hogan.
Financement suffisant de la PAC. Les ministres de l’Agriculture appellent tous de leurs vœux une PAC correctement financée, a noté aussi avec satisfaction le commissaire à l’Agriculture. Devant les ministres, M. Hogan a reconnu cependant qu’il « y a une forte pression pour réduire le budget de la PAC, compte tenu des nouvelles priorités politiques » de l’UE et de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. La pression budgétaire est exacerbée par les effets du Brexit, lequel « modifie également l'équilibre global dans le budget de l'UE », a-t-il dit.
La Présidence estonienne du Conseil a souligné que les ministres avaient demandé, bien entendu, le maintien de la PAC, même si celle-ci doit être simplifiée et modernisée. Il faudra « une PAC plus simple pour rendre plus facile la vie des agriculteurs et il faudra améliorer la compétitivité du secteur et maintenir les emplois », a dit le ministre estonien.
Pour le ministre luxembourgeois, Fernand Etgen, les États membres « ont besoin d’une PAC forte » dans un projet européen commun qui nécessite un budget à la hauteur de ces ambitions. « À mes yeux un PAC-Exit ne constitue en aucun cas une alternative », a-t-il souligné. La Finlande a souligné que la PAC ne devait pas faire les frais du Brexit.
Dans les pays plutôt favorables à une baisse des aides directes de la PAC, la Suède a estimé qu’il fallait trouver un moyen « de faire mieux avec moins ». Elle a plaidé en faveur de soutiens plus ciblés via le deuxième pilier (développement rural).
Les Pays-Bas ont aussi soutenu cette thèse et rappelé leur volonté de transformer la PAC en une politique de l’alimentation (suppression des paiements à l’hectare…).
Plusieurs initiatives. La délégation polonaise a informé le Conseil des résultats de la réunion des ministres de l'Agriculture du groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), élargi pour l’occasion à la Bulgarie, la Roumanie et la Slovénie. La PAC après 2020 y a été débattue et une déclaration conjointe sur le sujet a été adoptée. Ces pays sont contre le cofinancement des aides directes de la PAC. Lors du Conseil de lundi, plusieurs délégations (France, Espagne, notamment) ont soutenu les requêtes de ces pays. Par ailleurs, un groupe de pays (Danemark, autres pays scandinaves et les États baltes) a présenté un document sur la simplification de la PAC.
Convergence des paiements directs. Les ‘nouveaux’ États membres (États baltes, Roumanie, Slovaquie, notamment) ont insisté sur le besoin d’améliorer encore la convergence des aides directes. Beaucoup de pays (Danemark, Luxembourg, Royaume-Uni, Irlande, ce pays ayant évoqué le verdissement) ont plaidé pour davantage de simplification des règles.
Plusieurs États membres (dont Portugal, Finlande, Slovaquie) ont encore demandé à la Commission d'agir pour mieux lutter contre les pratiques commerciales déloyales et de renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire. (Lionel Changeur)