La finance ‘durable’ est une idée dont l’heure est venue, mais qui nécessitera une refonte de la culture financière européenne. Tel est le constat dégagé, mardi 18 juillet, par les participants à une audition publique en la matière, organisée par la Commission européenne à Bruxelles.
Sur la base des recommandations émises dans le rapport intérimaire du Groupe d’experts sur la finance 'durable' présenté le 13 juillet (EUROPE 11830), les discussions ont exploré différentes façons d’utiliser la finance pour promouvoir des investissements durables et faciliter la transition vers une économie à faible émission de carbone, dans le contexte de l’Union des marchés de capitaux.
Plus de 8 millions d’emplois ont été créés dans le monde dans le domaine des énergies propres et plus de 1 million en Europe, a rappelé le Commissaire européen aux Services financiers, Valdis Dombrovskis, qui voit en la finance ‘durable’ une opportunité pour l’Union européenne de devenir une « plaque tournante du développement des technologies durables ».
Engagée de longue date en faveur des droits de l'homme et de l'environnement, Bianca Jagger a fustigé le système financier qui, pendant de trop nombreuses années, a fonctionné dans sa « bulle », comme s’il n’était pas lié à d’autres enjeux, tels que les inégalités ou le changement climatique. Dénonçant un « système qui confond prix et valeur », elle a plaidé pour une réforme fondamentale de la finance, tenant compte des besoins et des aspirations de toute la société et s’appuyant sur une valeur complète à la fois sociale, économique et environnementale.
Pour Gabriele Giuglietti, Responsable des relations internationales à la Banca Popolare Etica, un autre modèle bancaire, plus « humain », est possible. Dans sa banque dite ‘éthique’, 50 % des clients sont des personnes dont les demandes de prêts ont été rejetées par d’autres banques. Selon lui, les clients sont maintenant à la recherche de plus de transparence et souhaitent que leur argent soit investi dans des projets « utiles ».
Catherine Howarth, directrice générale de ShareAction – un organisme issu de la société civile qui promeut des investissements ‘responsables’ - a, quant à elle, insisté sur le devoir fiduciaire des institutions financières à l’égard des épargnants européens et a appelé à ce qu’une définition « solide » soit établie.
Tout l’enjeu sera d’adopter une perspective de long terme, qui surmonte la « tragédie de l’horizon », a déclaré le président du Groupe d’experts, Christian Thimann. « La finance durable ne pourra pas être obtenue rapidement, du jour au lendemain » a-t-il prévenu. Et d’ajouter qu’il ne s’agit pas non plus de changer tout le cadre règlementaire, mais bien de proposer des modifications ciblées, telles que l’établissement d’un système de classement pour les actifs durables, l’introduction d’une norme et d’un label européen pour les obligations vertes ou encore d’effectuer un test de durabilité du cadre en vigueur.
Simple spectatrice lors de cette audition, l’organisation Better Finance a tenu à exprimer sa « déception » face à ce rapport intérimaire qui « ignore » ses recommandations. Mettant en garde contre la non-conformité de certains produits labellisés ‘socialement responsables’ avec les règles européennes en matière de protection des consommateurs, elle a estimé que la finance ‘durable’ ne devait pas être un simple « gadget marketing » – crainte qu'elle a à nouveau rappelé dans un communiqué publié le même jour.
Les parties prenantes pourront continuer à apporter leurs contributions à cette réflexion par le biais d'un questionnaire, ouvert jusqu’au 20 septembre, qui alimentera le rapport final du Groupe d'experts, attendu pour fin 2017. (Marion Fontana)